Psychanalyse dans la Civilisation
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Les mirages du désir. Réflexions sur la publicité
Docteur Sofia Abadi
Asociación Psicoanalítica Argentina
Buenos Aires
République d'Argentine
Sonia D. Abadi

Médecin et psychanalyste, membre de l'Association Psychanalytique Argentine. Professeur à l'Institut de Psychanalyse de l'APA. Psychanalyste d'adultes et adolescents. Professeur à l'Ecole do Psychopédagogie Clinique, elle s'intéresse à l'élargissement du champ clinique individuel en tenant compte des aspects inconscients de la civilisation qui contribuent à l'apparition de la maladie psychique (modèles culturels, idéologie, mode de vie).

Auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels :
· "La pulsión de muerte en el drogadicto : deseo de muerte o mandato familiar?", Actualidad Psicológica, 1980.
· "La transferencia del analista con el paciento trasgresor" Id. 1980.
· "La construcción : descubrimiento o creación? Congreso Latino-Americano de Psicoanálisis, 1980
· "Ser psicoanalista : vocación y re-vocación"
· "Sublimación e idealización : su relación con el proceso de aprendizaje", Aprendizaje hoy, 1981.
· "Labor terapéutica, creación teórica y sublimación", Simposium APA 1985.
· "La experiencia de aprendizaje compartido o como sostenerse sobre e1 desconocimiento", 1994
· "El paciente adicto. Demanda. Analizibilidad. Técnica", APA, 1985
· "Acerca de la transmisión del conocimiento", Revista de Psicoanálisis, 1984.
· "Aportes del psicoanálisis a la psicopedagogía", FUNDATH, 1987.
· "Los espejismos del deseo" (Reflexiones acerca de la publicidad) APA 1988. 





Les mirages du désir. Réflexions sur la publicité

A - Place du phénomène publicitaire dans la culture

La publicité se trouve au carrefour de plusieurs sciences, elle est médiatrice entre différents systèmes. On pourrait la considérer comme une branche de la psychanalyse appliquée. Par ailleurs, nous devrions utiliser le point de vue psychanalytique pour comprendre la stratégie publicitaire : puisque toute vie, individuelle ou sociale en est imprégnée et puisque c'est ainsi qu'elle constitue, un lieu stratégique privilégié pour l'étude clinique du monde contemporain.
La publicité entretient avec la culture une relation d'influence réciproque. C'est ainsi qu'elle nous montre et nous cache à la fois certaines caractéristiques de notre temps, et qu'elle est le produit et le symptôme de notre époque. Il s'agit d'un phénomène où convergent des aspects psychologiques, sociologiques et économiques; c'est un instrument commercial et une institution sociale en tant qu'elle est une articulation entre les objectifs du système de production et les désirs du consommateur.

Comme le dit Bernard Cathelat (1976) : "La publicité n'est pas seulement une parole commerciale, elle est aussi une parole politique, sociale, morale et idéologique. C'est le langage dominant de notre culture et sans doute le système d'information le plus important de l'histoire : elle atteint tous les secteurs et toutes les activités et elle est présente dans tous les organes de diffusion. La publicité est le symbole d'une culture ouverte à l'échange, elle fonctionne comme le reflet instantané d'un moment de la civilisation qui déjà est en train de changer. La parole publicitaire, c'est le discours de la société sur son propre devenir".

Support de tous les moyens de communication et soutenue par eux, la publicité nous entoure et nous envahit quotidiennement par des milliers de stimulations.

B - Quelques définitions

La publicité est le symbole et le langage d'une civilisation d'abondance consacrée à la consommation. Ce n'est pas une science, mais une stratégie qui plonge ses racines dans le champ scientifique et qui a besoin d'apports pluridisciplinaires pour se développer. Apports économiques, démographiques, sociaux, politiques et psychanalytiques ; j'aborderai donc le sujet de ce dernier point de vue, comme étant celui qui m'est le plus familier.
Si la connaissance de la psychologie est indispensable à la publicité, la psychanalyse, quant à elle, s'intéresse scientifiquement au déchiffrement et à la connaissance du mode de fonctionnement de la publicité et à son impact sur les individus et sur la société.

La publicité est, par définition, un ensemble de moyens et de techniques au service d'une
entreprise commerciale ­ privée ou publique ­, qui veut agir sur le plus grand nombre possible d'individus et ceci à distance, c'est-à-dire sans l'intervention directe du vendeur.

Elle se distingue de l'information, qui veut rendre compte d'un fait de façon fonctionnelle et rationnelle. La publicité, au contraire, est centrée sur un produit et tient compte de trois niveaux: sa valeur utilitaire, sa valeur psychologique imaginaire et sa valeur de symbole social.
Elle se différencie de l'art parce que le publicitaire n'exprime pas sa vision du monde, ni ne s'exprime lui-même: il montre l'image d'un produit en accord avec une stratégie commerciale pré-établie qui devra respecter aussi les désirs et le langage des consommateurs.
En créant une annonce, le publicitaire se situe au carrefour entre la réalité du produit, la stratégie de l'annonceur et les motivations et le mode de vie du consommateur, les réunissant en un message condensé et percutant, dont la valeur de motivation réside dans son incitation à agir dans un certain sens. Son modèle est le "slogan" qui, avec la marque, construisent l'identité du produit.

C - La publicité dans l'actualité

Cette stratégie a évolué en même temps que les besoins d'une société industrielle qui doit vendre ce qu'elle fabrique en excès et doit aussi faire accepter de nouveaux produits. Le progrès des techniques de fabrication a ajouté la question de la standardisation.
En permettant à des marques différentes de produire des objets semblables, celle-ci a inévitablement eu pour effet que leur valeur dépende de leur charge émotionnelle et idéologique. On a utilisé pour cela, durant les cinquante dernières années, divers modèles théoriques issus des sciences du comportement.
En s'appuyant sur les différents courants de la pensée psychologique, la stratégie publicitaire a modelé une psychologie de l'influence. Celle-ci s'est historiquement développée en plusieurs étapes.

La publicité persuasive

Au début, les armes fondamentales du publicitaire étaient l'intuition et l'esprit, renforcées par l'expérience. Le consommateur était considéré comme un être raisonnable et conscient. Les annonces devaient être informatives et on comptait sur le bon sens et l'esprit logique du client pour le persuader d'acheter le produit en fonction de ses qualités objectives.
Le but essentiel du message était de souligner l'existence d'une nécessité, puis de démontrer que le produit était capable de la satisfaire et, en dernier lieu, d'offrir la preuve que ce produit pouvait le faire mieux et de façon plus durable que le produit concurrent.
Avec les progrès des sciences humaines, on découvrit que la motivation d'achat n'était pas uniquement le résultat d'une réflexion rationnelle et objective, mais qu'elle était influencée par des pulsions affectives, des réactions émotionnelles et des pressions sociales.
De plus, la standardisation des produits rendait plus difficile une compétition qui n'eût été fondée que sur des caractéristiques objectives.
Ajoutons encore les résistances du consommateur à accepter l'influence directe des multiples messages publicitaires qu'il subissait. Il fallait donc trouver un moyen d'aborder le client par une voie qui offrirait moins de résistances ou qui pourrait les éluder.

Publicité mécaniste

C'est avec les expériences de Pavlov qu'apparut, dans le champ des sciences humaines, l'idée d'une sphère inconsciente, conçue comme statique et opaque, et d'où surgit la réponse involontaire à des stimuli déterminés.
Ici apparaît l'idée du conditionnement des conduites par la répétition d'un slogan, ou d'une image, qui déclenchera automatiquement une réaction d'achat. Ce point de vue conçoit le consommateur comme un être totalement passif et réceptif aux stimuli ; naturellement, cela fut rapidement démontré comme étant insuffisant car ne tenant pas compte de la complexité des individus. Comme on peut le constater, ce style continue à être relativement efficace s'il n'affronte aucune résistance Inconsciente.

La publicité suggestive

Elle est fondée sur la théorie psychanalytique et a donné lieu aux "études de motivation".
La psychanalyse montre que l'origine des motivations se trouve dans l'inconscient, au niveau des besoins et des désirs fondamentaux de l'individu, qui sont liés à la structure de sa personnalité et à son histoire. Elle montre aussi que les souhaits conscients ne sont que le reflet d'une économie psychique inconsciente qui articule entre elles les frustrations et les gratifications, les pulsions refoulées ou sublimées, les aménagements symboliques et les régressions pathologiques. Mais la psychanalyse a également découvert que les tensions inconscientes peuvent se satisfaire de façon symbolique sans créer de conflit ou d'angoisse.
De ce point de vue, le rôle du publicitaire serait d'étudier les besoins et les désirs qui suscitent l'angoisse chez le consommateur pour les lier à un produit magiquement chargé de représentations symboliques, qui apparaîtra alors comme une possibilité de décharge et une source de satisfaction substitutive.

La publicité projective

Celle-ci élargit le champ psychanalytique en y ajoutant le champ social, ainsi que l'ont fait M. Mead, Malinowski et R. Benedict, c'est-à-dire en mettant l'accent sur les influences que le milieu social exerce sur les structures de pensée et les réactions de l'individu. Plus récemment, des recherches psychosociologiques ont souligné le concept de "style de vie" en essayant d'appréhender ce qu'on appelle des flux culturels, c'est-à-dire les tendances profondes d'une culture en évolution et ses axes de mutation.
Les modes de vie seraient : le langage, les symboles, les attitudes et les valeurs qu'un individu acquiert en réponse aux courants socioculturels qui le stimulent. En ce sens, la publicité projective ne satisfait pas seulement les désirs fondamentaux, les images narcissiques ou les fantasmes intemporels, mais elle offre aussi des modes de vie et de pensée valorisés par l'idéologie du moment.

Tous ces modèles sont présents, combinés en proportions diverses, dans la stratégie actuelle.
Il est évident que les modèles plus anciens et plus simples ont été remplacés par d'autres, plus profonds et complexes, non seulement à cause d'une meilleure compréhension mais aussi à cause d'un plus grand développement des fantasmes à travers les images du monde actuel.
La psychanalyse et la psychosociologie rendent compte, en particulier, de la nécessité d'attribuer des qualités affectives aux objets qui, comme le Sphinx, deviennent alors des objets mythiques dont on attend la révélation.
La publicité tient actuellement compte des motivations à partir des niveaux suivants :
· le moi conscient qu'elle vise à travers un message rationnel : l'information,
· les conduites réflexe qu'elle cible à travers la répétition des slogans et les images percutantes,
· les désirs et fantasmes inconscients auxquels elle offre des satisfactions substitutives en les mobilisant à travers la suggestion,
· les styles de vie et les valeurs culturelles invoqués au travers de modèles symboliques d'identification.
On voit ainsi que chaque message publicitaire peut être décodé en étudiant séparément plusieurs composants : information utilitaire, présence obsédante, pouvoir imaginaire et valeur symbolique.

D - La psychanalyse et les mécanismes psychiques

La psychanalyse s'occupe de la relation entre le sujet et l'objet de désir, entre l'illusion et la réalité, entre la psychologie du leader et celle des masses. Dans mon étude, j'ai donc été amenée à prendre en compte comment tous ces éléments sont utilisés par la stratégie de la communication publicitaire.

Nous savons que toute l'activité mentale se met au service de: reconnaître, nier et simultanément élaborer les premières séparations, l'inconnu et, in fine, la mort. Le vécu de détresse de l'être humain engendre le désir de retrouver cet objet unique qui satisfait tous les besoins et qui renvoie à la mère des premiers temps de la vie. A partir de la première séparation, cet objet unique ne peut se trouver que comme une promesse répondant à l'idéal d'union et de complétude. Celui qui nous promet cela et qui réussit à nous faire croire à cette promesse acquiert des droits sur notre libido, notre temps et notre argent. Mais il devra nous offrir non seulement la satisfaction de nos divers besoins et désirs, mais aussi le soulage- ment de nos peurs et angoisses, la décharge de notre hostilité, le pardon de nos sentiments de culpabilité et des solutions de compromis pour résoudre nos conflits.
Si nous considérons l'individu en tant que consommateur potentiel, nous pouvons le définir ainsi: un sujet mu par ses pulsions, son histoire personnelle, ses désirs et peurs inconscients, ses besoins narcissiques d'assurance et d'estime de soi.
Or, ce que lui propose un message publicitaire c'est : sécurité affective, valorisation de lui-même, sentiment de pouvoir, sensation d'appartenance, recours contre la solitude, échappées créatrices.

Edgar Morin écrit : "La publicité ne doit pas seulement satisfaire les besoins du client au moyen des qualités objectives du produit, mais doit aussi combler symboliquement ses désirs profonds grâce à l'image de marque et aux modèles identificatoires ; de plus, elle doit fournir de fausses rationalisations pour son équilibre conscient. Autrement dit, la publicité doit mettre en jeu une dialectique permanente entre le Ça et le Moi, entre les pulsions libidinales et la personnalité de l'individu, de sorte que l'achat, en déséquilibrant et en équilibrant, soit à la fois le placebo le médicament et la drogue. En effet, l'achat, acte apparemment matériel, est ici appréhendé dans sa nature psycho-magique et symbolique et il n'existe que par les significations qui le sous-tendent.

Une des caractéristiques du message publicitaire est son ambiguïté qui tend à confondre information et incitation. Aujourd'hui plus que jamais, la publicité est orientée vers le côté
incitatif, ce qui a conduit à la nécessité de reconnaître la psychologie profonde des individus.
Etant donné que la consommation est un acte irrationnel, mu par les désirs et les fantasmes inconscients, la publicité propose en même temps au consommateur une satisfaction symbolique inconsciente, une justification rationnelle consciente et l'illusion d'une liberté de choix. Elle essaye ainsi de mobiliser plusieurs niveaux de significations, à la fois manifestes et latents. Elle doit à la fois justifier ET motiver, aucun individu vivant en société ne pouvant se passer d'assises logiques dans sa conduite.

Elle offre des représentations qui apparaissent comme inoffensives, car elle n'éveillent pas d'angoisse et permettent ainsi la satisfaction substitutive des désirs inconscients. Le message publicitaire doit offrir, avec la satisfaction irrationnelle, une justification rationnelle ; avec l'obtention du plaisir, le pardon de la culpabilité de l'avoir obtenu; avec le soulagement d'un besoin, le déni des aspects dangereux ou autodestructeurs de l'usage de certains objets ; avec la promesse du nouveau, l'assurance du déjà connu; avec l'accroissement de l'anxiété, l'objet qui l'apaisera.
Le message publicitaire offre une gratification immédiate (l'illusion, le plaisir visuel et auditif: certaines d'entre elles sont de véritables créations artistiques) et en même temps la promesse de la gratification future qui conduira le désir vers l'objet-leurre.

Mais comment la publicité arrive-t-elle à créer des besoins? En suscitant des désirs, en les orientant vers la consommation de produits, elle change ces nouveaux désirs en nécessités et les fixe ainsi. Elle se place dans l'espace intermédiaire entre l'inconscient comme source de la libido et le moi, construit avec des éléments du monde extérieur.

Nous savons que l'urgence des nécessités ne diminue pas de beaucoup à mesure qu'on les satisfait, puisque cette urgence passe des nécessités physiologiques (peu nombreuses) aux nécessités psychiques (innombrables) c'est-à-dire du besoin au désir.
En réalité, la publicité n'a pas la capacité de créer de nouvelles nécessités, mais seulement la possibilité d'actualiser celles qui existent déjà. Ce qu'elle actualise, ce sont des désirs refoulés, en leur offrant un objet d'investissement symbolique satisfaisant inoffensif et sûr. Ces conditions peuvent cependant disparaître si on les emploie, par exemple, dans une publicité qui utilise l'érotisme ; celui-ci apporte d'importants bénéfices, mais le risque est grand lorsqu'on l'utilise sans précaution ; l'excès d'excitation peut engendrer l'angoisse (due au refoulement) et donc un rejet ou au contraire une dérive vers la recherche d'une satisfaction sexuelle directe, au détriment de l'intérêt pour le produit.


Un bon message publicitaire réussit à dépasser l'objet de besoin en le transformant en objet de désir, en favorisant la symbolisation et en mettant l'accent sur les caractéristiques transitionnelles de l'objet; cependant, quand celui-ci est finalement fétichisé, surévalué et idéalisé, on établit avec lui une relation addictive de dépendance, attribuant à ce nouvel objet le statut de l'objet indispensable du besoin.
L'habileté du publicitaire consiste à réussir une synthèse métaphorique réalisée sur le modèle du rêve, en condensant les divers signifiants et désirs inconscients et en les liant à une forme d'expression logique et évocatrice.

La stratégie de la publicité vise à exciter le désir pour l'objet et donc à entourer celui-ci de qualités magiques. Lorsque le mythe est attaché à l'objet, nous nous retrouvons dans le monde des objets magiques. Ceux-ci mobilisent donc des désirs inconscients qui vont chercher à se satisfaire dans l'acquisition de cet objet. En même temps a lieu l'adhésion-addiction du consommateur, semblable à celle de la drogue, qui procure le plaisir en un premier temps mais engendre ensuite la dépendance.
Pour la publicité, l'objet n'est pas seulement le produit mais également la marque. Ceci ajoute une nouvelle dimension : les images de marque sont aussi objet de charge affective et d'identification (images et noms qui suscitent l'adhésion). On achète la marque plus que le produit et celle-ci se définit en constituant un système de représentations obtenu par des mécanismes de condensation et de déplacement.

Ce qui crée l'attrait d'une marque, c'est que, dans la recherche d'une solution à ses conflits inconscients, le consommateur court après une certaine image de lui-même: celui qu'il va être grâce à l'objet. Il achète une image de lui-même en s'identifiant au modèle idéal de consommateur proposé par le message publicitaire, et qui représente son idéal du moi. Image du produit qui suggère l'image d'un consommateur qui le mérite.

L'identification doit être vécue comme non dangereuse pour l'individu, elle ne doit pas entrer en conflit avec l'image qu'il a de lui-même, tel qu'il est ou tel qu'il voudrait être. Elle doit se situer dans l'espace intermédiaire du possible.
La synthèse sera réalisée entre l'image de soi désirée par le client, la représentation qui s'adapte le mieux au produit et la présentation de l'ensemble sous une forme suggestive.
Plus le produit est le support des représentations et plus le consommateur se trouve impliqué et engagé avec ses fantasmes et ses idéaux.

De nos jours, un public plus averti, davantage saturé et donc moins ingénu par rapport aux messages qu'il reçoit, constitue un défi pour les publicitaires qui se voient contrains d'affiner leurs stratégies ; ils utilisent désormais un point de vue psychographique qui classe une population donnée selon ses valeurs et son style de vie afin de ne pas la cibler dans son ensemble mais en isolant un groupe que l'on prétend capter.
Défi intéressant en cela qu'il ne doit pourtant pas diminuer l'impact du message sur la population en son entier.

Si nous envisageons le phénomène des moyens massifs de communication comme un phénomène de masses, nous pouvons mettre en évidence la stratégie du leader et le comportement de la foule.
L'utilisation actuelle des moyens de communication massifs multiplie la possibilité de domination des leaders idéologiques et économiques, étant donné que ces moyens produisent une communication asymétrique, dont les messages sont unidirectionnels et sans réel dialogue ; l'utilisation d'images visuelles, comme celles de la télévision, a pour but précis de déchaîner le mécanisme du désir inconscient, sans passer par le processus de la parole. Or, lorsque la parole est utilisée sous forme de slogan ou de phrase toute faite, elle perd sa qualité symbolique et fonctionne comme une image qui incite à l'action directe.

On a ainsi perverti la possibilité d'accéder à des significations multiples, figeant les mots dans une forme stéréotypée qui n'est, en dernière instance, qu'un ordre. Cette façon de faire suscite chez l'individu une régression à l'état de dépendance Infantile, une attitude passive dans l'attente d'objets qui viendront soulager son anxiété et lui fourniront une identité.
Dès lors que le leader en question a besoin de vendre un produit fabriqué en série, il n'y a plus d'individualités mais seulement un phénomène de masse.

Nous voyons ici un intéressant paradoxe: le public auquel ces moyens de communication s'adressent est une "masse à domicile" ; des individus dispersés et non pas réunis mais qui s'identifient, en partageant une même illusion "d'appartenance, à leurs pairs qu'ils ne
connaissent pas et à ce leader qu'ils ne voient pas. C'est ainsi que l'individu qui est une partie d'un public répond aux caractéristiques de masse, développant ses aspects irrationnels, impulsifs et suggestibles.

Quelques réflexions sur le pouvoir de la publicité

Dans son article bien connu, "The power tactics of Jesus-Christ and others essays", Jay Haley (1969) écrit : "Le pouvoir est la possibilité de déterminer ce qui va se passer. Les tactiques manoeuvrent pour obtenir le contrôle du monde social. Une personne a du pouvoir si elle peut donner l'ordre à une autre d'agir de telle ou telle façon, mais aussi si elle peut provoquer ce type de comportement". Nous reconnaissons ici les stratégies subtiles de la suggestion et de la séduction.

Le pouvoir de la publicité existe et son danger réside dans son effet de manipulation, mais elle occupe aussi l'espace d'illusion et de jeu qu'implique toute activité créatrice, l'incitation à imaginer et à rêver.

C'est une nouvelle forme d'expression de la pensée magique archaïque, jamais disparue de notre civilisation et en même temps un instrument au service de la symbolisation.
Placée entre le principe de plaisir et le principe de réalité, elle peut devenir un objet transitionnel lorsqu'elle ouvre de nouvelles voies à la libido et un objet fétiche lorsqu'elle
calme le feu du désir par l'acquisition d'une chose concrète.
La publicité peut agir comme un reflet fidèle de la culture ou comme un facteur dynamique de son évolution en contribuant à modeler l'environnement et les modes de vie ­ en bien ou en mal.
Régulateur culturel, elle est à la fois moteur et miroir du langage, des systèmes de valeur et des modèles de pensée d'une civilisation.
Elle est production symbolique et également portrait imaginaire de notre culture en perpétuel mouvement.

Traduction : Eloisa Castellano-Maury, Perrine Baillon

Bibliographie

Abadi Sonia (1984) : "Adicción, la eterna repetición de un desencuentro" Rev. de
Psicoanálisis XLI, 6.
(1991) :"Adolescence et Drogue : un symptôme culturel", Psychanalyse dans la Civilisation
n°4
Baudrillard Jean (1969) : "El sistema de los objetos" Editorial Siglo XXI México.
Cathelat B. & Cadet (1976) : "Publicité et Société", Payot.
Duran Alfonso (1982) : "Psicóloga de la Publicidad y de la venta" Ceac Barcelona
Eco U. : "La estrategia de la ilusión"
Freud (1913) : "Totem et Tabou"
(1921) : "Psychologie Collective et Analyse du Moi".

(1927) : "L'avenir d'une illusion"

(1930) : "Malaise dans la Civilisation"

(1939) : "Moïse et le Monothéisme"
Haley Jay (1969) : "The Power Tactics of Jesus Christ & other Essays", Grossman Publishers
NV.
Landi Oscar (1987) (compilator) : "Medios, Transformación Cultural y Política", Legasa,
Buenos Aires.
Moscovici Serge (1981) : "L'Age des Foules" Complexes, Bruxelles.
Packard Vance (1959) : "Las Formas Ocultas de la Propaganda". Sudamericana, Buenos
Aires.
Rosolato (1983) : "La Psychanalyse idéaloducte" N.R.P. N° 27.
Winnicott Donald (1972) : "Realidad y Juego" Colección Psicoteca Mayor.

Résumé

Investigation psychanalytique appliquée au phénomène publicitaire.
Situation culturelle, amplitude, articulations et poids sur le monde social.
Définition de la publicité dans ces différentes perspectives, et prise en compte des aspects économiques, scientifiques et artistiques.
Développement historique de la psychologie de l'influence. Situation de la psychanalyse et son application dans la stratégie de la suggestion.
La publicité dans l'actualité : information, conditionnement, suggestion, création de modèles symboliques d'identification.
La perspective psychanalytique : désirs et fantasmes inconscients, peurs et résistances de l'individu, mobilisés par les techniques de communication. Les études de motivation, induction et manipulation.
Le produit comme objet de désir, support d'ouvertures symboliques et d'aspirations magiques.
La psychologie de masse et les moyens de communication.
Invitation à une réflexion sur le pouvoir de la publicité. Ses capacités et ses limites. Sa valeur d'échange et les risques de création de stéréotypes.

Mots-clés : Publicité. Désir. Suggestion. Valeur symbolique et risques de création de stéréotypes.


Summary

Psychoanalytical investigation applied to the phenomenon of advertising.
Cultural situation, amplitude, articulations, and weight on the social world.
Definition of publicity in these different perspectives, taking economic, scientific and artistic considerations into account.
Historic development of the psychology of influence. The situation of psychoanalysis and its application in the strategy of suggestion.
Advertising in the news: information, conditioning, suggestion, creation of symbolic models of identification.
The psychoanalytical perspective: desires and unconscious fantasies, fear and resistances of the individual, mobilized by the techniques of communication. The study of motivation, induction and manipulation.
The product as an object of desire, medium of symbolic overtures and magical aspirations.
The psychology of the masses and the means of communication.
Invitation to a reflexion on the power of advertising. Its capacities and its limits. Its value of exchange and the risks of creation of stereotypes.

Key words : Advertising, Desire, Suggestion, Symbolic value, Risks of creation of stereotypes.
    

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