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Pensée scientifique et paradigmes affectifs : un hommage
à Galilée 
Prof. Gianni Zanarini
Département de Physique, Université de Bologne, Italie
Gianni Zanarini

Physicien et psychologue, il est Professeur à l'Université de Bologne (Italie). Sa recherche en physique concerne la théorie des systèmes complexes et l'intelligence artificielle. Il s'occupe aussi de psychologie de la connaissance et de l'innovation technologique.

Il a publié, ces dernières années
· "L'emozione di pensare : psicologia dell' informatica" (Milano, 1985). ("L'émotion de
penser : psychologie de l'informatique").
· "Tra ordine et caos : auto-organizzazione e imprevedibilità nei sistemi complessi". (Bologna, 1986). ("Entre ordre et chaos: auto-organisation et imprévisibilité dans les systèmes complexes"
· "Introduction to the Psysics of Complex Systems" (Oxford, 1986)
· "Complex Systems and Cognitive Processes" (Heidelberg, 1990)



Pensée scientifique et paradigmes affectifs : un hommage à Galilée 

A partir du moment où l'on accepte la possibilité d'un savoir scientifique sur la réalité, on doit aussi postuler l'existence d'un fonctionnement mental "normal", c'est-à-dire commun à tous, sur lequel se fondent, non seulement les méthodes de recherche individuelles, mais aussi leur reconnaissance collective ; seule, en effet, cette reconnaissance collective nous permet d'être sûrs que nous ne sommes pas en train de rêver notre rêve personnel.

Ceci posé, il est indispensable d'expliquer la lenteur et les détours du développement scientifique, l'extrême difficulté que l'on éprouve à abandonner les paradigmes solidement établis et le refus, aussi bien des théories nouvelles que des résultats expérimentaux inédits.
La psychologie cognitive1, de son côté, nous apprend qu'après avoir dépassé un certain nombre de phases, et dès l'adolescence, nous sommes capables d'avoir une pensée scientifique. Ce n'est donc pas elle qui peut être en mesure de nous éclairer sur le problème qui nous intéresse ici, et ce d'autant plus que bien souvent (comme au temps de Galilée) ceux qui s'opposent le plus fortement aux nouveautés scientifiques sont des chercheurs de grande expérience et pleins de talent.

De ce point de vue, l'apport de la psychanalyse2 est tout particulièrement important, car c'est dans son sein - et notamment par l'école kleinienne - qu'a été élaborée une théorie de la connaissance qui se démarque profondément des conceptions philosophiques et psychologiques classiques.

La connaissance est un processus dramatique, parce qu'il est provoqué par l'absence, par la frustration, par la non-satisfaction d'un besoin fondamental. D'après une image évocatrice de Bion, c'est la soudaine et incompréhensible disparition du sein maternel qui est à l'origine du long et tragique processus qui aboutira à la pensée. C'est Franco Fornari3 qui affirme, paraphrasant une définition classique de la philosophie cognitive, que la pensée naît de la nécessité d'une "adaequatio intellectus et non rei" ; autrement dit, qu'elle naît de l'urgence de contenir, élaborer, et rendre acceptables des expériences pénibles et angoissantes d'absence.

On comprend comment, dans ce développement dramatique de la connaissance, la première réaction à la "terreur sans nom", à une angoisse de mort, soit l'élaboration d'une "théorie affective", issue d'une logique confusionnelle et destinée à un soulagement immédiat. On crée ainsi la satisfaction hallucinatoire du désir, qui inclut l'annulation omnipotente de la différence entre enfant et sein, entre fantasme et réalité. C'est une conjoncture affective dans laquelle la trace mnésique de la "res" absente, à cause de 1'impossibilité de tolérer l'absence du bon objet, devient le point de départ d'une transformation de l'"adaequatio" en une impossibilité confusionnelle de distinguer entre "dedans" et "dehors".

La première réaction à l'absence contient donc en germe une pensée préverbale centrée sur l'omnipotence du désir. Pour une pensée de ce type, réductible (selon une formule heureuse de Matte Blanco4) à une "façon d'être" fondamentale de l'homme, l'absence n'existe pas.
Autrement dit, ce genre de pensée fantasme une identité entre soi et non soi ; le temps et l'espace, étant liés à la désunion et à la séparation, sont annulés ; pour établir une relation, on privilégie la ressemblance, la possession d'attributs communs, la proximité. Or, ces caractéristiques sont également celles de la pensée onirique, telles que chacun peut les retrouver dans ses propres rêves, ce sont des caractéristiques d'une "façon d'être homogène", qui perdure dans l'inconscient pour toute la vie.

Une "théorie affective" construite à 1'abri de cette "façon d'être" peut assumer, pour peu de temps, une fonction calmante devant un événement incompréhensible et dramatique. Mais elle n'est pas fiable, puisqu'elle n'est pas en mesure d'assurer la survie du sujet. Il n'est évidemment pas possible, en effet, de satisfaire la faim avec l'hallucination, d'annuler l'absence avec la pensée omnipotente : le rêve fusionnel de l'enfant se transforme bien vite en cauchemar, à l'intérieur duquel se prépare, de façon dramatique et paradoxale, une première distinction entre moi et non-moi. On peut voir, en effet, une confuse homologie (typique de la façon d'être homogène) du bon objet absent avec un mauvais objet présent et mortifère.
L'impossibilité de tolérer le mauvais objet impose alors son immédiate et violente expulsion.

A cette étape, le cheminement de l'enfant vers la pensée bute. En effet, en transformant l'absence en expulsion du mauvais objet, il s'est barré la possibilité de rechercher ce qui a laissé une trace en lui, dont seule 1' heureuse retrouvaille peut le maintenir en vie. Mais en réponse aux pleurs désespérés de son bébé, qui projette en elle son angoisse de mort, la mère répond en accueillant ce sentiment, l'élabore et, grâce à son amour, le rend acceptable, de telle sorte que le nouveau-né puisse lentement le réintégrer. C'est de cette façon, affirme Bion, que le nouveau-né est nourri, non seulement de lait, mais aussi de vérité : vérité interne, liée à 1'acceptation progressive de ses propres sentiments et pensées ; vérité extérieure, entre liberté du savoir intersubjectif et prison du délire privé.

Ce n'est donc qu'à partir d'une tolérance acquise de l'absence, que peut se développer, avec l'aide d'une présence maternelle, la première lueur d'une pensée scientifique, en tant qu'exercice de distinction et de non-contradiction, en tant qu'expression d'une "façon d'être asymétrique" qui, d'après Matte Blanco, coexiste en chacun de nous avec la "façon d'être homogène", et doit être articulée et s'intégrer avec cette dernière. La "façon d'être homogène", en effet, qui est à la base de la logique confusionnelle de 1'omnipotence du désir, est également la source de l'émotion et des investissements affectifs.
Les premières phases du développement de la pensée, qui surviennent en des moments délicats et même critiques, ne peuvent jamais être considérées comme vraiment terminées.
Chaque investissement de la pensée réactive des angoisses à la fois archaïques et intemporelles ; l'absence de temps est, en effet, une des caractéristiques de la "façon d'être homogène". C'est la raison pour laquelle 1'intériorisation progressive de la fonction de la mère dans le développement de la pensée n'a pas pour but de s'affranchir de 1'intersubjectivité : tout au contraire, il devient toujours plus aisé de reconnaître, consciemment et avec gratitude, sa fonction essentielle et de se vivre, pour ainsi dire, comme mères et enfants, en même temps les uns pour les autres dans le développement ultérieur de la pensée et du savoir scientifique.

Nous sommes maintenant en mesure de répondre à la question que nous nous posions au sujet de la lenteur et les détours du développement scientifique. La science n'est qu'une version formalisée des modalités par lesquelles, depuis toujours, l'homme construit sa propre connaissance du monde. Evidemment, il y a des spécificités bien précises qui différencient la recherche scientifique de la construction de théories infantiles : la maturité, l'expérience, la croyance dans l'isomorphisme entre le monde et la pensée. Par contre, ce qui reste toujours présent, c'est la nécessité de faire dialoguer entre elles les deux "façons d'être" fondamentales de l'homme, en intégrant et en enrichissant un savoir diurne et rationnel avec une connaissance onirique et affective, en un effort tendu vers la vérité qui doit comporter le dépassement continuel des équilibres précaires qu'on a pu trouver.

Chaque nouvelle découverte scientifique requiert donc, inévitablement, une restructuration du rapport affectif avec le monde, ce qui ne peut se faire sans traumas et souffrances, dont ne sont pas exemptés les scientifiques qui ont fait ces découvertes.

On éprouve, devant les oeuvres de Galilée une fascination qui résiste au temps et aux relectures. On pourrait en effet s'attendre à lire un exposé détaché et impersonnel de ses découvertes, et on se trouve devant des lettres et des dialogues. On pourrait s'attendre à un langage neutre, dont la seule finalité serait la transmission d'informations, et on trouve un classique de la littérature. En somme, là où on attendait un ensemble de résultats scientifiques, on découvre, au contraire, une personne qui fait de la science, et qui, la faisant, en vit, en souffre et en jouit avec une extraordinaire concrétude.

La vocation profonde de Galilée, celle qui s'est, au long des années, graduellement imposée et précisée, c'est celle de Maître : de celui qui, comme nous le suggère superbement Koyré5, se fait "Maître à penser" pour ses disciples, ses interlocuteurs, ses lecteurs, en parcourant à nouveau avec eux les chemins qu'il a lui-même parcourus. Dans cette perspective, un des aspects, et peut-être non le moindre, de la grandeur de Galilée consiste dans son extraordinaire capacité d'expliciter les difficultés et les conflits du scientifique, de façon à en permettre une élaboration par ses interlocuteurs. Ses textes, en effet, naissent de l'effort fait pour trouver un langage et une forme littéraire capables d'aider ceux qui soutenaient les paradigmes précédents à élaborer affectivement leurs propres difficultés.

Toute l'oeuvre de Galilée se prête à 1'illustration de cette affirmation6 : le fait qu'il emploie la langue vulgaire et le dialogue pour ses oeuvres majeures serait déjà suffisant. Nous nous limiterons, ici, à un fragment du "Dialogue sur les deux systèmes les plus importants du monde", qui illustre ce qu'on appelle la "relativité galiléenne". Ce concept fondamental de la mécanique classique peut s'énoncer ainsi : étant donnés deux systèmes de référence en mouvement relatif rectiligne uniforme, il est impossible de décider (sur la base d'expériences mécaniques) lequel des deux est en mouvement et lequel est immobile. Mais un énoncé de ce type, s'il est capable d'assurer une certaine compréhension intellectuelle, n'est pas en mesure d'entrer en contact avec les conceptions et les fantasmes préexistants, et donc n'est pas en état de favoriser une acquisition effective d'un nouveau paradigme scientifique qui soit à la fois rationnel et affectif.

Nous allons maintenant voir comment Galilée expose et argumente son intuition fondamentale. L'analyse qui va être développée est même susceptible de contribuer à faire comprendre les raisons de la profonde émotion qu'on éprouve toujours en lisant ce fragment.

"Enfermez-vous avec un ami dans la plus belle chambre qui soit à couvert, à bord d'un grand navire ; puis, faites en sorte d'avoir des mouches, papillons & autres petits animaux volants : qu'il y ait aussi un grand récipient plein d'eau, contenant de petits poissons : suspendez en haut un petit seau, qui, goutte-à-goutte, s'en aille versant de l'eau dans un autre vase à col étroit, posé plus bas."

La proposition de s'embarquer nous apparaît telle une offre de vivre la recherche comme un voyage, comme une fascinante aventure. Ce qui frappe ensuite, dans la phrase étudiée, c'est le conseil de s'enfermer dans une grande chambre close, sous couvert, suspendant ainsi toute relation sensorielle avec la réalité extérieure : il nous propose donc une situation qui, sous certains aspects, nous rappelle un peu celle du rêve. Le texte nous dit, à ce propos, une chose importante : chaque activité de recherche est un événement personnel, qui implique en même temps l'état de veille et celui du sommeil, c'est-à-dire la conceptualisation et la régression.

De façon plus spécifique, s'agissant de la régression, la grande chambre fermée fait penser à un contenant maternel. Cette hypothèse est confirmée par la référence aux petits animaux volants et aux poissons, qui paraissent (en tant que petits êtres) symboliser des enfants à des stades divers de développement les premiers avec une certaine autonomie, les seconds dans une cavité amniotique. L'eau du vase, en tant qu'elle rend possible la vie des poissons a sûrement, pour Galilée, une connotation positive : il est donc plausible de penser que l'eau qui tombe goutte-à-goutte ait la même connotation, et puisse être comparée au lait maternel.

En nous appuyant sur les observations précédentes, nous pouvons dire que cette première phrase propose, en vue d'une confirmation expérimentale du principe de relativité galiléenne, une régression à la situation infantile, ou même prénatale. Une telle proposition peut sembler bizarre : elle est certainement imprévue, et nous pousse à rechercher des confirmations dans le contexte. Nous pouvons même y ajouter un élément de la réalité, il est d'expérience quotidienne que les problématiques liées à la relativité galiléenne se présentent à nous au moment où nous nous trouvons à l'intérieur de moyens de transport, autrement dit de contenants en mouvement.

Une autre suggestion de Galilée, dans cette première phrase, concerne l'opportunité d'une présence amicale. Cet élément sera repris plus loin ; mais, de toute façon, le fait que cette présence soit proposée d'entrée de jeu souligne l'importance que Galilée attribue à l'intersubjectivité dans l'expérience scientifique.

L'intersubjectivité, dans ce contexte, comporte plus que la simple adoption d'un langage scientifique commun : en effet, elle fait référence au copartage d'une expérience partiellement régressive, à la limite entre rêve et veille. Dans cette optique, la présence de l'ami a une double signification d'une part, elle garantit contre les risques de la régression, ceux de s'enfermer seul dans une chambre close, et assure la possibilité de retrouver l'air libre ; d'autre part, elle permet de vérifier que le rêve qui est rêvé dans le cours de l'expérience scientifique n'est pas un rêve privé, mais contient assez d'éléments communs pour fonder une conceptualisation scientifique.

"Le navire étant arrêté, observez diligemment comment les petits animaux volants se meuvent avec la même vitesse de tous les côtés de la chambre : on verra les poissons s'en aller nageant indifféremment de tous côtés ; les gouttes qui tombent entreront toutes dans le vase placé sous elles ; et vous, lorsque vous jetterez quelque chose à l'ami, vous n'aurez pas plus d'effort à faire pour le jeter d'un côté que de l'autre, si les distances sont les mêmes ; et si vous sautez à pieds joints, vous franchirez des espaces identiques de tous les côtés."

On nous propose, dans cette phrase, l'observation de processus vitaux à l'intérieur de ce que nous avons déjà comparé à un contenant maternel. Nous pouvons ensuite observer que l'activité du protagoniste et de son ami s'apparente au jeu. Cela nous est signalé par le fait qu'ils se lancent des objets entre eux, mais encore davantage par les sauts à pieds joints. Cette activité ludique remet, dans une certaine mesure, les deux adultes en une situation infantile, ce qui confirme 1'image globale de l'expérimentation scientifique comme une régression contrôlée (et contrôlée, en particulier, par l'intersubjectivité).

Le tableau qu'on nous demande d'observer se pose comme l'unique réalité (portes et fenêtres sont en effet fermées) ; il s'agit, de plus, d'une situation de jeu, et, comme telle, soustraite à la nécessité. Il est donc possible (affirme en termes affectifs cette phrase) de vivre, de voler, de jouer à l'intérieur d'un contenant protecteur. On nous suggère ainsi que les concepts de sûreté et de protection de la part d'un contenant immuable sont étroitement liés entre eux sur le plan affectif, et renvoient à une expérience infantile et même prénatale.

Dans cette expérience de vie à l'intérieur d'un contenant immobile, le mouvement est répétitif et régulier (comme celui de la chute des gouttes d'eau), et renvoie aux rythmes biologiques ; ou encore, il est occasionnel et imprévu, comme le vol des petits animaux) et renvoie alors à l'absence de toute contrainte.

Notre analyse nous semble confirmer qu'il y a bien, dans le texte, une relation étroite entre immobilité du contenant et sûreté, protection, liberté. On peut alors avancer l'hypothèse qu'il y ait, en miroir, une connexion entre mouvement du contenant et insécurité, manque de protection, conditionnement : qu'il y ait, en conséquence, également une résistance à abandonner le fantasme d'immuabilité protectrice du contenant maternel.

"Lorsque vous aurez diligemment observé tout cela, et encore qu'il n'y ait aucun doute que, tant que le vaisseau ne bouge pas, tout doive arriver ainsi, faites avancer le navire aussi vite qu on voudra,et (si toutefois le mouvement ment est uniforme et non oscillant de-ci de là) vous ne pourrez trouver aucun changement dans tous les effets décrits, et par aucun d'entre eux vous ne pourrez savoir si le navire bouge ou est immobile".

Après s'être laissé aller au charme d'une fantaisie régressive (et avoir proposé au lecteur d'en faire autant), Galilée note que l'observation par lui proposée n'avait pas pour but d'ébranler une certitude relative sur la façon dont les choses doivent arriver lorsqu'elles sont dans la quiétude du contenant. Il s'agit d'une incise qui pourrait apparaître comme de faible importance, mais qui est essentielle, par contre, pour une compréhension plus profonde de l'épaisseur affective de l'intuition galiléenne. Cette phrase, en effet, peut être comprise avant tout comme une réassurance devant l'émergence de sentiments d'abandon et d'insécurité en rapport avec l'hypothèse du mouvement.

Cette réassurance est importante, parce que, sans elle, la connotation de danger attribuée à chaque mouvement du contenant maternel bloquerait affectivement l'expérience.

Plus généralement, Galilée semble affirmer implicitement qu'aucune activité scientifique n'est possible sans une attitude de confiance fondamentale, confiance qui a elle-même ses racines dans une confiance de base dans la relation à la mère. Ce n'est qu'après cela que Galilée suggère de faire bouger le navire, vérifiant (dans le cas d'un mouvement uniforme) l'impossibilité de différencier les divers phénomènes par rapport au cas précédent. Le message affectif du principe de la relativité galiléenne émerge donc comme une motion de confiance en la possibilité de la vie même en présence du mouvement.

Nous sommes désormais mieux à même de comprendre le profond savoir psychologique de la pédagogie galiléenne. Il se montre en effet capable d'accepter les sentiments de peur et d'incertitude devant le mouvement, sentiments qu'il propose de dépasser par une attitude expérimentale confiante et une tout aussi confiante conceptualisation.

L'attitude apparemment réaliste des scientifiques ptolémaïques cache une profonde angoisse : ils ont, en effet, mis toute leur confiance dans la "terre ferme", peut-être à cause de la déception des illusions infantiles de fusion avec une mère immobile et rassurante. Un drame se cache donc sous l'apparente neutralité d'une formulation scientifique : un drame dont un grand génie comme Galilée a été capable, et d'avoir l'intuition et de l'élaborer inconsciemment, ce qu'aujourd'hui nous pouvons comprendre plus profondément à l'aide de la psychanalyse.

Traduction G. Rubin

1 J. Piaget, "La psychologie de l'enfant", B. Inhelder, P.U.F. Paris 1966.
2 W.R. Bion, "Learning from experience", 1962. Trad Fr. : "Aux sources de l'expérience", P.U.F., 1979. W.R.
Bion : "Transformations" 1965. Trad. Fr. : id., P.U.F. 1982.
3 D. Meltzer, "Significato clinico dell'opera di Bion" Borla, Roma, 1983. F. Fornari, "Analisi coinemica e teoria
della conoscenza" In E. Morpurgo, "La psicoanalisi tra scienza e filosofia", Ed. Loesher Torino, 1981
4 I. Matte Blanco : "The unconscious as infinite sets : an essay in bi-logic" Duckworth, London 1975.
5 A. Koyré, "Etudes galiléennes", Hermann, Paris 1966
6 G. Zanarini, "Dialogo con Galileo" Clueb, Bologna, 1984.

Résumé
Dans la perspective kleinienne, la connaissance est un processus dramatique. Par conséquent, la connaissance scientifique garde de profondes implications affectives: chaque paradigme scientifique est aussi un paradigme affectif.
Le génie scientifique s'exprime alors non seulement à travers ses découvertes, mais aussi à travers l'élaboration affective de ces découvertes mêmes.
L'examen psychanalytique d'un texte de Galilée, qui décrit une expérience mécanique, permet d'en saisir la profonde sagesse psychologique, et de comprendre encore mieux les raisons de l'émotion que l'on éprouve en le lisant.

Mots-clé : Connaissance. Affectivité. Psychanalyse de la Science. Psychanalyse des textes.

Summary
In the kleinian perspective, knowledge is a dramatic process: consequently, scientific knowledge keeps deep affective implications, and any scientific paradigm is also an affective paradigm.
Therefore, the scientific genius shows itself not only in discoveries, but also in their affective elaboration.
The psychoanalytical examination of a scientific text by Galileo, which describes a mechanics experiment, allows to appreciate its deep psychological wisdom and to understand the emotion felt when one reads it.

Key words: knowledge, Affectivity, Psychoanalysis of science, Psychoanalysis of texts.
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