On entend souvent dire, et plus encore en ces temps de
bicentenaire, que la supériorité des Etats de Droit sur les Etats
Totalitaires n'a pas de justification théorique et que seule notre capacité
de convaincre (certains parlent même de rapports de force) peut faire triompher
la Démocratie.
La raison d'être de ce texte est de montrer que si nous
considérons les Etats respectueux des Droits de l'Homme comme supérieurs aux
Etats totalitaires, ce n'est pas en vertu d'un choix arbitraire qui
dépendrait de notre humeur du moment et qu'aucune théorie ne viendrait
conforter. Je pense en effet que la psychanalyse nous permet de voir qu'il
n'en est nullement ainsi puisqu'un tel choix nous est indiqué, à mon sens,
par les étapes mêmes qui jalonnent l'évolution de chaque être humain, si on
la considère du point de vue de ce que Freud a appelé le Complexe d'OEdipe.
Il me semble très important de consolider notre attachement affectif et
spontané à la Démocratie et à la Défense des Droits de l'Homme par des
explications théoriques, c'est-à-dire qui procèdent de la raison, car il y a
une différence de nature , un saut épistémologique , entre le système social
fondé sur le Pouvoir Absolu et celui qui relève de la Démocratie:le premier
s'origine dans la force - physique ou mystique -le second puise sa
légitimité dans des processus consensuels , purement psychiques, qui
trouvent leur source dans l'évolution psychique de l'être humain.
Comme nous, en effet, les Civilisations connaissent des étapes
d'évolution : elles naissent, se développent, atteignent leur maturité, puis
vieillissent et disparaissent. Mais comme nous, elles ne sont pas vraiment
mortes si elles laissent à leurs remplaçantes un acquis culturel et moral.
Or, les phases de maturation des Sociétés me paraissent être comparables aux
nôtres, et ce parallélisme me semble confirmer l'opinion des Constituants,
qui qualifièrent de naturels les droits qu'ils avaient définis dans
la proclamation des "droits de l'homme" Naturels, en vérité, car
conformes à notre nature, à notre développement d'êtres humains qui, en ce
qui concerne les rapports sociaux, passe par deux étapes, ici représentées par
les deux définitions que Freud donne du Surmoi (lequel est, entre autres
choses, un peu un équivalent de ce qu'ailleurs on nomme "Conscience
Morale"). Celui-ci, en effet, est d'abord défini comme "Introjection des
exigences et interdits parentaux" puis, en un deuxième temps, comme
"Héritier du Complexe d'OEdipe".
Autrement dit dans un premier temps
l'enfant accepte les injonctions de ses parents comme des absolus contre
quoi il peut éventuellement essayer de se révolter, mais qu'il lui est
impossible de mettre en cause et de discuter librement, à égalité ; (il est
bien évident que l'enfant n'a pas l'appareil conceptuel nécessaire pour le
faire).
Puis, après la Résolution du Complexe d'OEdipe - tel que je le vois
et que nous allons l'examiner plus loin -, le Surmoi a changé de nature :
les transformations entraînées par cette Résolution ont rendu l'enfant
capable de réfléchir sur les "lois" qu'on lui propose, de les intérioriser,
de faire siennes celles qu'il trouve justes, bonnes ou nécessaires et qu'il
acceptera désormais non plus comme un absolu imposé par les parents, mais
comme des obligations auxquelles il adhère.
C'est le deuxième temps, celui de l'âge adulte. (Ceci n'est
évidemment qu'un schéma, la réalité est bien plus complexe.)
Or, ce
qui se passe au niveau des sociétés me semble assez bien correspondre aux deux
étapes du développement du Surmoi : le Pouvoir Absolu impose sa loi,
les Sujets n'ont rien à dire ; la Démocratie propose des lois, qui ne
sont adoptées qu'après consensus, autrement dit, après que la majorité des
personnes concernées les aient trouvées bonnes ou acceptables.
Une
grande partie de cette présentation du Complexe d'OEdipe n'offrira rien de
nouveau pour beaucoup d'entre vous, puisque l'hypothèse que je formule ici a
été établie à partir des textes de Freud et de ses disciples, dont notamment
Mélanie Klein et ses successeurs. Sans me leurrer sur la difficulté de la
tâche, il me fallait pourtant mettre au net mes idées sur ce que nous
appelons le "Complexe d'Oedipe", puisque la psychanalyse nous enseigne que c'est
par sa Résolution que se met en place l'intériorisation des notions de
"Permis" ou "Interdit", c'est-à-dire le concept de loi ainsi que de
celles de "Bien" et de "Mal", c'est-à-dire celui de morale.
Autrement
dit , je pense que c'est la Résolution du "Complexe d'OEdipe" et ses héritiers :
le Surmoi et l'Interdit de l'Inceste, qui sont les fondateurs de la
Civilisation, et donc de ce qui est le plus proprement humain dans
l'Humanité.
Je n'ai certes pas la prétention d'avoir trouvé la
réponse à toutes les questions qui se posent au sujet du respect de la loi
par tous (i.e. les Etats de Droit), et les sociétés sont bien trop
complexes pour qu'une seule personne, et dans une seule discipline, puisse
suffire ne fût-ce qu'à les interroger ; je n'ai d'autre ambition que celle
d'apporter ma contribution aux explications proposées par ailleurs, que
d'ajouter une façon différente d'envisager les choses à celles qui existent
déjà.
(L'interdit de l'inceste dont il sera ici question concerne l'"inceste
psychique", c'est-à-dire un lien d'une intensité pathologique entre un
parent et son enfant, mais il va sans dire qu'un inceste physiquement
consommé aurait des conséquences encore plus graves.)
Dernière remarque
: si je crois à l'Universalité du "Complexe d'OEdipe", je pense aussi qu'il
peut prendre des formes variées aussi bien dans des sociétés différentes de
nôtre que dans nos propres phantasmes.
Il sera donc question, dans ce
texte, de ce que l'on nomme habituellement ainsi dans nos sociétés
occidentales ; il est déjà bien difficile et bien risqué d'extrapoler de
l'individu à une société, la moindre des choses est d'être en état de la
percevoir de l'intérieur : parce qu'on y est né et qu'on sent en faire par
partie au plus profond de soi, ou encore parce qu'on en a si bien assimilé
la culture qu'on lui appartient. Je ne suis qu'une infime particule de la
civilisation occidentale, mais (mal ou bien), j'en parle de l'intérieur.
Il nous faut maintenant comprendre comment se met en place et se
développe le Complexe d'OEdipe. Il semble que ce soit par nécessité vitale
qu'arrivé à un certain point de son évolution l'animal humain ait ressenti
comme inévitable l'interdiction des rapports sexuels entre mère et enfant.
Cette interdiction trouve son origine dans une des caractéristiques de notre
espèce, la prématuration du bébé humain (cf. Bolk) qui a entraîné d'énormes
conséquences, les unes favorables, par exemple l'extrême plasticité de la
psyché humaine, sa faculté d'invention, d'acceptation du changement,qui vont
permettre les développements que nous connaissons, et d'autres défavorables,
comme le non moins extrême attachement à la mère, qui pousse le bébé (puis
l'enfant, puis inconsciemment l'adulte) à garder en lui le désir de retrouver la
sécurité du giron maternel. Ce désir oedipien, s'il n'était pas contrarié,
ferait du bébé, puis de l'enfant, puis de l'adulte (comme on le voit fort
bien dans les cas pathologiques) un simple appendice de sa mère... dès lors
vécue comme toute puissante. (Il s'agit alors d'un "inceste psychique"
mère/enfant).
Les petits des animaux supérieurs connaissent eux
aussi, pendant un court moment, un semblable désir de rester plus longtemps
que nécessaire dans la sécurité maternelle : les parents oiseaux sont
souvent obligés de pousser leurs oisillons hors du nid, et les parents
mammifères leurs petits hors de la tanière, après leur avoir appris à se
suffire, c'est-à-dire lorsqu'ils sont élevés et que la mère est à nouveau
sexuellement disponible pour le mâle.
Comme le bébé humain, le bébé
animal est partagé entre la pulsion épistémophilique qui lui dit d'explorer
le monde, et le désir de retour à la sécurité. Mais ses hésitations ne sauraient
durer car la mère, dont la pulsion sexuelle prépare la portée suivante,
l'aide à trouver le chemin de la liberté. Comme le petit animal n'est resté
que quelques semaines totalement dépendant de sa mère, il accepte sans trop
de souffrance de devenir un jeune adulte et de se séparer d'elle.
Tout autre est notre situation d'êtres humains. En tant que prématurés,
nous resterons dépendants presque jusqu'à la puberté, et il est facile de
comprendre que l'attache ment réciproque mère/enfant rendra à la fois
obligatoire et très difficile l'autonomisation du jeune.
(Nous laissons de
côté les communications inconscientes mère/foetus dont nous ignorons encore
trop de choses.)
En effet, pour permettre à l'enfant de trouver en
temps voulu son autonomie,les mécanismes mis en oeuvre chez les animaux vont
également l'être pour nous ; après l'accouchement, la mère va peu à peu
reporter ses investissements sur d'autres que son nouveau-né et notamment
sur son compagnon ; seulement, lorsque cela se produit, le bébé humain,
contrairement à son homologue animal, n'est pas encore prêt à y faire face :
il n'est pas autonome, mais au contraire et pour longtemps dépendant. (Cela
explique en partie les difficultés qu'a l'enfant pour accepter une nouvelle
naissance : nous ne sommes pas faits pour avoir des rivaux qui viennent
prendre notre place si tôt. Chez la plupart des animaux supérieurs, un nouveau
bébé ne survient que lorsque le précédent est déjà loin ou, en tout cas,
plus autonome que ne l'est le bébé humain.)
Les mêmes mécanismes
de séparation ne seraient donc pas suffisants pour nous, puisqu'il est
impossible de séparer un enfant de sa mère (ou d'un substitut) avant de
nombreuses années.
C'est là qu'intervient nécessairement le père (ou un
substitut, qui peut être fort différent du père génétique) et qui va, tout
en le rassurant, désigner à son enfant les portes qui ouvrent sur le monde.
La reconnaissance par le bébé de ce tiers qui vient s'insérer entre sa mère
et lui se fait pour de multiples raisons : le bébé sent que sa mère l'a un
peu désinvesti, que le lien si fort qui les unissait s'est distendu ; d'un
autre côté, la curiosité le pousse à s'occuper de cet "autre" qui retient
l'attention de sa mère, de ce rival qui, tous comptes faits, lui semble bien
intéressant (donc en s'identifiant à sa mère) ; une troisième raison est le
désir d'autonomie qui se développe à partir de là, etc. Les raisons sont
fort nombreuses : désir de vengeance, excitation sexuelle active et passive,
pulsion d'emprise et bien d'autres.
A l'inverse, si aucun tiers ne venait s'insérer entre la mère
et l'enfant, celui-ci n'aurait aucun point d'appui extérieur qui puisse
l'aider à se déprendre du désir si fort de ne faire qu'un avec elle.
Le bébé va donc peu à peu renoncer à être le seul objet d'amour de sa
mère (son objet sexuel) et renoncer à la revendiquer comme son exclusive
propriété.
Un autre danger le guette alors, c'est de reporter tous ses
investissements sur son père, de ne plus pouvoir se séparer de lui et de
prétendre établir une relation incestueuse avec ce nouvel objet ; ce désir
aussi devra donc être réprimé.
Ce qui va pousser l'enfant à renoncer au
père en tant qu'objet sexuel, c'est que se fantasmer comme l'objet d'amour
du père signifie prendre la place de la mère ; c'est, pour l'inconscient,
chasser/tuer la rivale qui devient dès lors objet de haine. Or ceci est une
position intenable, ne fût-ce que parce qu'un enfant a un besoin vital de sa
mère, parce qu'un bébé sans mère ou substitut meurt, et parce qu'un enfant
aime sa mère...
Après avoir renoncé à sa mère, il lui faut donc encore
renoncer au père (en tant qu'objets exclusifs et sexuels, non en tant que
parents, bien sûr. Pour donner un seul exemple, quel enfant n'a déclaré :
quand je serai grand, j'épouserai Maman" (ou Papa) avant de comprendre la
nécessité du renoncement ?
Ce double renoncement, ce deuil terrible est
lourd de conséquences : il fonde non seulement la loi et la morale,
principes indispensables à l'établissement d'un Etat de Droit, mais encore il
permet de reconnaître la différence des sexes et leur complémentarité -
ainsi que celle de la différence des générations, introduisant ainsi le
Temps et le Principe de Réalité en nous. Par ces reconnaissances, nous
renonçons à l'omnipotence infantile (hélas jamais tout à fait), car
c'est ce renoncement qui est à la base, entre autres acquisitions
essentielles, de toute Démocratie :
· Parce que ce douloureux
renoncement établit la reconnaissance et l'acceptation d'une irréductible
différence entre le permis et l'interdit : "est à jamais interdite la mère en
tant qu'objet sexuel", l'interdit de l'inceste fonde la Loi comme valeur
absolue, la mettant au-dessus du plaisir (plus tard, et suivant les diverses
sociétés, les substituts possibles des père et mère seront aussi interdits :
frères et soeurs, cousins, parents proches, nourrice, parrain et marraine,
etc.).
Ensuite seulement, conséquence de l'internalisation de l'existence de
l'interdit, de la reconnaissance de la notion même d'interdit, pourra
être instauré un Code des Lois, qui indique, en effet, ce qui est interdit
par la société. Les lois qui protègent les individus et la société sont
différentes suivant les époques et les lieux, mais la loi première, celle
qui interdit l'inceste mère/enfant est une ; et c'est parce qu'elle a été
imposée à chaque enfant qu'on peut, grâce à elle, promulguer des lois avec
quelqu'espoir de les voir respectées.
· Parce qu'instantanément, ou
presque, le Bien se confond avec le permis et le Mal avec l'interdit, la
Morale s'instaure. Souvent, à l'adolescence surtout ,les interdits sont
contestés ; mais la morale demeure : on brave une loi, on trouve ce qui est
interdit désirable, on ne va pas jusqu'à inverser les signes du Bien et du
Mal. (Je laisse de côté les pratiques perverses et démoniaques qui sont rares et
dont on sait d'ailleurs que tout le sel consiste à faire le mal justement
parce qu'il est interdit, donc à le reconnaître comme tel.)
· Parce qu'il est bien obligé d'admettre que sa mère désire et
possède un compagnon, et son père une compagne, le bébé est aussi obligé
d'accepter la différence et la complémentarité des sexes (si tout se passe
convenablement car il existe bien des difficultés avec l'identité sexuelle ;
ce nonobstant, on n'a encore jamais vu un bébé naître de deux parents du même
sexe, et quel que soit le désir que certains peuvent en avoir, pour cet acte
fondamental au moins, la différence et la complémentarité des sexes est à
accepter).
· Parce qu'il lui faut bien constater que c'est un adulte qui
partage la couche de sa mère - c'est-à-dire son père et non pas lui (et
inversement pour la fille) - il lui faut aussi intérioriser la réalité de la
différence des générations. Certes, un jour il sera aussi grand, aussi fort et
aussi séduisant que son père, et même plus... Un jour, mais pas tout de
suite ; ainsi est favorisée l'introjection du Principe de Réalité, et avec
lui le Temps.
Ainsi donc, c'est par les chemins de l'OEdipe que
s'intériorisent la morale, la reconnaissance de la différence des sexes et
des générations, le Principe de Réalité et "last but not least", l'abandon
de l'omnipotence infantile : car reconnaître la différence et la complémentarité
des sexes, c'est reconnaître aussi qu'on ne les possède pas tous, et donc
renoncer à la mère phallique toute puissante qui en est le modèle ;
reconnaître que c'est "Papa"qui est le compagnon de "Maman", c'est
reconnaître la différence des générations et donc sa propre faiblesse par
rapport à une force plus grande ; reconnaître l'existence du Temps, c'est
renoncer à l'immortalité et intérioriser sa propre finitude.
Reconnaître, intérioriser, accepter tout cela, c'est renoncer à
l'omnipotence, et renoncer à l'omnipotence, c'est précisément le fondement
même de la démocratie, comme je vais essayer de le montrer
Freud
nous a donné la tragédie d'OEdipe comme fil conducteur pour comprendre
l'évolution de l'être humain, et ce texte admirable n'a pas fini de nous
fasciner. Mais il eût pu nous indiquer la Bible ; dans un tout autre
langage, elle aussi parle de la loi fondatrice - Rien d'humain n'est
au-dessus des Tables de la loi. Elle aussi nous parle de l'interdit
de l'inceste et, à sa façon symbolique, de l'absolue nécessité de gagner son
pain à la sueur de son front et non en le recevant sans effort comme du
temps de la bonne terre/mère de l'Eden.
Elle nous enseigne donc qu'il existe
quelque chose en dehors d'elle, qu'il faut aller conquérir par le travail,
symbole paternel.
On voit donc fort bien les rapports de filiation
directe qui existent entre la résolution du Complexe d'OEdipe et la
préférence que nous accordons à l'Etat qui respecte les Droits de l'Homme :
ce n'est que lorsqu'on a internalisé comme définitif le concept d'une loi
inviolable et identique pour tous, qu'on trouve inadmissible
d'avoir, à la tête de l'Etat, un Chef qui, loin d'être le garant du
respect des lois, comme c'est le cas dans un Etat de Droit, prétend faire
la loi, c'est-à-dire lui substitue son bon plaisir (c.à.d est
omnipotent).
Autrement dit, lorsque nous avons, enfants, internalisé
l'interdit de l'inceste (ce que nous sommes sensés avoir tous fait sauf cas
pathologique), nous avons par là même accepté de renoncer à notre
phantasme de toute puissance
Mais, par cette renonciation,
nous avons reçu le droit de demander que les autres en fassent autant, que
la loi
soit respectée par tous, c'est-à-dire que personne ne
puisse s'arroger le droit de se croire au-dessus des lois. Tous les
hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, dit la
Déclaration des Droits de l'Homme. Il est bien évident
alors que le droit de chacun limitant le droit de tous les autres,
personne ne sera privilégié. Autrement dit,
plus important sera le nombre de personnes ayant suffisamment
progressé sur le chemin de la résolution du Complexe
d'OEdipe, et plus il y aura de citoyens pour s'opposer au Pouvoir
Absolu, pour refuser l'Omnipotence d'un Chef ou d'un Groupe, pour
exiger que le Code des Lois soit juste et respecté, et pour
exiger qu'une loi ne soit changée qu'après
consensus.
Car changer une loi suivant son propre plaisir, comme le fait
un dictateur, revient à violer la Loi ; mais décider en commun de
l'opportunité d'un changement met en jeu un tout autre processus :
l'ancienne loi est désacralisée, elle n'est plus le garant de la loi, et
peut donc être remplacée par une autre, plus adaptée ; c'est la nouvelle Loi
ainsi instaurée qui va devenir (jusqu'à ce qu'on la change par un même
procédé démocratique) le garant de la loi, et, comme telle,
inviolable.
Pour en revenir à la Psychanalyse, c'est le "Cadre",
c'est-à-dire les conventions librement acceptées par les deux parties qui
régissent les rapports analyste/analysé, et qui représente donc la Loi ;
comme tel, il doit être respecté aussi bien par le psychanalyste que
par l'analyse. Toute décision unilatérale - par exemple une durée de
séance arbitraire - est une manifestation d'omnipotence infantile ; de même
que la célèbre phrase : le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même" me
semble indiquer une grande méconnaissance de ce qu'implique la Résolution du
Complexe d'OEdipe ": l'acceptation de la Castration Symbolique
Ce n'est donc pas par un raisonnement idéologique que la
psychanalyse nous indique les fondements théoriques de la
supériorité d'un Etat respectueux des "Droits de l'Homme"
sur une dictature, mais par l'observation des lois du
développement de notre espèce.
Je ne pense évidemment pas qu'il existe une seule personne
qui ait définitivement résolu et dépassé le Complexe d'OEdipe - simplement
les uns sont un peu plus en avant que d'autres... à certains moments de leur
vie, comme les Nations, à certains moments, le sont aussi. Car, pour les
individus comme pour les Nations, il y a constamment des retours en arrière, et
on voit bien souvent la personne - ou le peuple - que l'on croyait le plus
civilisé retrouver un comportement préoedipien. (L'étude de l'Histoire nous
le montre assez pour que tout triomphalisme chez quelque personne ou peuple
que ce soit, doive être écarté.)
Car le deuil que l'on a fait une
première fois en renonçant à l'omnipotence est constamment à refaire ; ce
n'est pas facilement, quels que soient notre âge et notre degré de
socialisation, que nous renonçons â être le despote qui exige que tous ses
désirs soient satisfaits, autrement dit à être, comme l'écrivait Freud :
"His Majesty Baby ".
Aussi est-il indispensable de rester constamment
vigilants, car toujours demeure en nous le désir phantasmatique - ou pour
certains conscient - d'omnipotence.
Ainsi en est-il des Sociétés dont
les citoyens peuvent à tout moment être saisis du vertige qui les fait
désirer retourner à ce temps fantasmé ou chacun faisait partie d'une mère toute
puissante.
Alors, oublié le renoncement à l'omnipotence infantile,
l'Etat totalitaire et son dictateur, imagos de cette mère-là, ne trouvent
plus d'obstacles devant eux.
Résumé
On peut penser que peu à peu les Etats de
Droit remplaceront partout les Etats totalitaires, parce que le passage du
Pouvoir Absolu à la Démocratie est naturel.
C'est après la Résolution
du Complexe d'OEdipe que l'être humain internalise les concepts de Bien et
de Mal (Permis/Interdit) et celui de Morale. Freud a donné deux définitions du
Surmoi : 1. Introjection des Interdits Parentaux et : 2. Héritier du
Complexe d'OEdipe. Le moment où l'on passe de l'état d'enfant à celui
d'adulte se situe entre ces deux définitions.
L'hypothèse ici proposée est
que les sociétés réagissent parfois comme les êtres humains, (après tout, ce
sont eux qui les composent), et qu'il est conforme au développement des
civilisations, comme à celui des enfants, de passer de l'acceptation passive
des ordres donnés par les parents au désir, puis à l'exigence d'avoir leur
mot à dire sur les lois qu'ils doivent respecter.
Summary
One can think, little by little that the States of Law will replace
the Total literary States everywhere, because the passage from absolute
power to Democracy is Natural.
It is after the Resolution of Oedipus
Complex that the human being internalizes the concepts of Good and Bad
(Allowed/Forbidden) and those of Morals. Freud has given two definitions of
the Superego: 1. Introjection of parental interdictions and 2. Heir of Oedipus
Complex. The moment one passes from the state of childhood to that of an
adult is situated between these two definitions.
The hypothesis proposed
here is that at times, Societies react like humans beings, (after all, this
is what they are composed of), and it conforms to the development of
civilizations, like childrens, passing from passive acceptance of orders
given by parents to the desire, then to the demand to have their say about
the Laws which they must respect.
Mots clés: Surmoi,
Omnipotence, Ethique, Droits de l'Homme, Complexe d'OEdipe, Démocratie.
Key words: Super-ego; Omnipotence; Ethic; Rights of Man;
Oedipus Complex; Democracy.
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