Psychanalyse dans la Civilisation
Accueil
N° 1 octobre 1989
N° 2 juin 1990
N° 3 novembre 1990
N° 4 mai 1991
N° 5 novembre 1991
N° 6 mai 1992
N° 7 octobre 1992
N° 8 juin 1995
Contact
inalco
Commentaire inspiré de "Le Théâtre Vert"
de Janine Chasseguet-Smirgel
Comme l'ont remarqué bien des auteurs, et Freud tout le premier, l'une des causes majeures de la souffrance physique - aussi importante que difficile à réduire - est le "sentiment inconscient de culpabilité", quelle que soit son origine réelle, fantasmatique ou empruntée.
Ainsi que l'a souligné l'article d'Eickhoff - qui lui-même cite plusieurs de ses sources -, l'attention des psychanalystes s'est focalisée sur les cas de "sentiment inconscient de culpabilité" de la seconde génération des différents acteurs de l'Holocauste (qu'ils soient les descendants des victimes ou ceux des bourreaux) parce qu'ils présentent un matériel privilégié en ce qui concerne le sentiment de culpabilité emprunté.
Il nous a semblé intéressant de compléter l'article d'Eickhoff par une référence à celui de Janine Chasseguet-Smirgel intitulé : "Germania I" - Le Théâtre Vert, une tentative d'interprétation de manifestations collectives d'une culpabilité inconsciente" (Ed. "Des Femmes") -, puisque le but de cette Revue est justement d'essayer de montrer l'articulation qui existe entre inconscient individuel et inconscient collectif. Son article met en évidence un sentiment Inconscient de culpabilité collectif qui, parce qu'il est nié, ressurgit sous une forme méconnaissable et encore plus douloureuse que ne serait sa reconnaissance.

Dans son article, Janine Chasseguet-Smirgel commence par refuser une excessive culpabilisation des Allemands, quels qu'aient été par ailleurs leurs crimes durant la période hitlérienne. Un article du "Frankfurter Allgemeine" la remerciait d'avoir parlé en allemand au "Congrès de Psychanalyse" qui, pour la première fois depuis 1932, se déroulait en terre allemande. Le journaliste, Rainer Appell, indiquait qu'elle avait ainsi "rompu une malédiction", ce à quoi elle répondit qu'il est toujours mauvais que les gens se sentent maudits. Nous savons qu'une fermeté venue de l'extérieur peut soulager la sévérité du Surmoi mais, dit Janine Chasseguet-Smirgel : "un degré très intense de culpabilité qui est celui d'un Moi ayant à affronter une tache gigantesque, un travail de réparation illimité, est ressenti comme un écrasement du Moi par une instance exigeante et impitoyable. Les attaques maléfiques du Surmoi seront alors projetées sur les objets, victimes d'attaques à leur tour, ces attaques venant augmenter et la culpabilité et l'angoisse. Ce cercle vicieux est bien connu et la culpabilité qui est à l'oeuvre n'est pas élaborable en l'état, elle ne donne lieu ni au chagrin, ni à la pitié, mais à la terreur et au sentiment de persécution. Une malédiction externe ne fait alors qu'accentuer le sentiment d'impuissance et de déréliction du Moi et rend encore plus difficile l'élaboration dépressive". Ce qui constitue la base théorique de la démonstration qui va suivre.

En effet (ainsi que le montre Eickhoff), ce qui a été dénié par les parents n'est pas effacé mais va reparaître chez les enfants, voire les petits ou arrière-petits-enfants pour le plus grand malheur de tous. Car ceux-ci courent le risque de glisser dans la psychose ou la névrose grave ou, pire encore, en s'identifiant au criminel, de devenir, à leur tour, des bourreaux.

Ce que craignent les Germains de la seconde génération, c'est le "Châtiment", l'antique "OEil pour oeil, dent pour dent" de la Bible. Or, explique Janine Chasseguet-Smirgel, il n'en est rien ; certes les innombrables victimes torturées par les Allemands, ainsi que ceux qui arrivèrent à survivre malgré la mort de tant des leurs, ont désiré que la Justice passe, mais cela ne fut en rien comparable, ni de près ni de loin, aux Camps d'Extermination. Elle note qu'au contraire ceux qui furent leurs principales victimes n'ont rien fait : "Y a-t-il jamais eu un attentat juif en Allemagne depuis la fin de la guerre ? Quelle autre communauté s'est-elle si totalement abstenue d'exercer sa vengeance ?" demande-t-elle.

Mais les nazis sont incapables de concevoir que d'autres puissent être différents d'eux-mêmes, et elle cite les admirables discours que le grand écrivain Thomas Mann adressa à ses compatriotes (à la BBC) entre 1940 et 1945. En 1941, par exemple, il évoqua ce passage de "l'Histoire de la Guerre de Trente ans" où Schiller écrivait : "On craignait de souffrir, de la part de l'adversaire, ce que l'on accomplirait soi-même dans un cas analogue", et Thomas Mann de commenter :
"N'est-ce pas là, exactement définie, la raison pour laquelle le peuple allemand croit qu'il doit nécessairement mener jusqu'au pire cette guerre sans limite qu'il ne gagnera jamais, endurer des maux infinis et suivre toujours plus loin ses chefs désespérés, jusqu'à Dieu sait quelle fin ?
Le peuple allemand craint que s'il plante là ses chefs de guerre, il ne subisse ce qu'il sait que les nazis, en cas de victoire, infligeraient à l'adversaire : l'anéantissement (...), l'idée d'anéantissement d'un peuple et de l'extermination d'une race est une idée nazie ; elle n'est pas familière aux esprits des nations démocratiques. Ce qui doit être anéanti, et qu'il faut anéantir de toute nécessité pour préserver l'humanité de l'esclavage le plus répugnant qui ait jamais souillé la face du monde, c'est le régime nazi, c'est Hitler et ses acolytes, mais non le peuple allemand".

Janine Chasseguet-Smirgel va donc s'attacher à montrer où se trouvent actuellement ces points de résurgence, ces craintes d'un châtiment - d'autant plus effrayants qu'ils semblent injuste puisque la faute n'est pas clairement reconnue et assumée. Un de ces points de résurgence, de "retour du refoulé", nous est montré par les "Verts" qui, en Allemagne, sont des "pacifistes" d'une rare violence.

Pour mieux comprendre ce qui se passe au niveau inconscient, il faut se souvenir de ce moyen de défense inconscient des plus archaïques : la Projection. Celle-ci consiste à sortir de soi pour les jeter dans autrui toutes les souffrances, pensées, pulsions, souvenirs et autres dont on ne veut pas parce qu'ils sont douloureux, honteux, angoissants, etc. (Un prototype en est cette phrase que les enfants disent souvent pour se disculper à leurs propres yeux : "Ce n'est pas moi qui l'ai fait, c'est toi".)

Or, c'est précisément ce qu'ont toujours fait les nazis, c'est encore ce que font les "Grünen". Par exemple, rapporte Janine Chasseguet-Smirgel, ils reprennent à leur compte la légende - inventée par la propagande de Goebbels - selon laquelle ce furent les Démocraties anglo-saxonnes qui, les premières, bombardèrent les villes allemandes. Ce qui permet à Joachim Wernicke d'affirmer au "procès de Nuremberg n° 2" (intenté par les Verts en 1983) que Nazis et Démocrates se valent, avec une réprobation encore plus marquée pour les Démocraties.

Mais, explique Janine Chasseguet-Smirgel : "Non seulement ce texte - qui se réfère à Goebbels - contient des contres vérités historiques, ne mentionnant pas, par exemple, Coventry dont le bombardement remonte à avril 1941, nous venons de le voir, ni Londres ni Rotterdam, etc., mais, de surcroît, il n'est plus question de considérer ces bombardements comme l'effet du national-socialisme, et encore moins comme un châtiment. La faute est projetée sur les Alliés anglo-saxons, criminels de guerre impunis, et l'extermination des Juifs est passée sous silence" (p. 190).

Or, la Conférence de Casablanca, où furent décidés les bombardements de villes allemandes, date de 1943 (rappel : bombardement des villes anglaises, néerlandaises, etc. : 1941). Et, en 1943, Auschwitz était en pleine activité...

Mais rien de tout cela ne compte, pour ces Verts-là, ce sont eux (eux : les Autres, les Alliés, les Méchants, etc.) qui sont les coupables. Ils se soulagent ainsi - et avec eux tout le peuple allemand - de la culpabilité qui pèse sur leur conscience, ils affirment qu'ils sont tous, anciens et nouveaux, blancs comme neige, de pauvres victimes, en proie à l'inqualifiable barbarie des "autres". Ce qui est, justement, le but de l'opération.

On peut supposer que lorsque Goebbels mentait ainsi, il le faisait en pleine conscience (encore que ce genre de personnage finisse aisément par croire à ses propres mensonges, c'est si rassurant!) Les "Grünen" par contre sont sûrement inconscients de l'origine de leurs agissements. Et en effet, comme l'écrit Janine Chasseguet-Smirgel "Il est difficilement soutenable d'être - ou tout au moins d'avoir été - l'objet d'une pareille haine et de savoir qu'on a été (et pas seulement représenté) le Mal absolu (...). Comment affronter pareille culpabilité ?
Il est donné à bien peu de le faire sous une autre forme que celle de culpabilité persécutrice".

(En effet, la projection, sauf si elle est expulsée vers un Objet adéquat et consentant, ne soulage que pour un temps limité, puis fait retour sous forme de persécution, ce qui contraint à une répétition sans fin).

Nous voyons donc les Allemands essayer sans trêve de faire l'économie de la culpabilité liée à la période nazie en projetant ses crimes sur les Alliés, et en même temps de se "débarrasser" de la culpabilité la plus extrême, celle qui fait du nazisme un cas unique parmi des dizaines de régimes fascistes qui ont existé et existeront encore à travers le monde : celle du génocide, de la solution finale. Et il est devenu coutumier, en Allemagne plus qu'ailleurs du reste, de parler d'holocauste nucléaire.

Janine Chasseguet-Smirgel affirme alors avec force son adhésion aux thèmes écologistes de protection de la Nature, des espèces animales et des plantes, et elle exprime son inquiétude pour l'avenir de notre planète. Mais ce n'est point de cela qu'il est ici question, c'est de la violence, de la "fureur" des "Grünen" et elle se demande pourquoi il leur semble nécessaire "de défendre la Paix au prix d'une nouvelle alliance avec l'esprit national-socialiste, comme en témoigne l'indécent procès de Nuremberg II ?"

Elle propose alors l'idée que la terreur obsédante des Allemands pour le nucléaire n'est autre que la résurgence en eux de la solution finale, que l'angoisse retournée contre eux-mêmes de leur culpabilité persécutrice. Peut-on dès lors trouver dans les écrits des "Verts" des exemples de ce type et montrer leurs liens avec la solution finale ?

Elle en arrive alors à la deuxième partie de son essai, intitulée "Le thème écologique". Elle cite d'abord quelques passages de la pièce de Martin Walser : "Schwarzer Schwan" (S.S. le Cygne Noir), dont elle avait précédemment donné le résumé ; un des protagonistes dit :
"Monsieur le Professeur, quelqu'un a allumé une cigarette. Et à la première bouffée, une fumée bleu-jaune, épaisse, sort de sa bouche. A quoi pensez-vous ? A "nicotine", à "produits goudronnés", aux artères coronaires ou à l'incinération des veuves hindoues ? Moi, je vois tout de suite des cheminées, particulièrement grossières, larges, carrées, et ça pue... Et l'autre répond : "Il faut prendre une machette, il faut couper la vapeur qui suinte, la déchirer pour laisser passer l'air respirable..."

On ne peut qu'être d'accord avec Janine Chasseguet-Smirgel lorsqu'elle dit que l'on retrouve ce type d'évocations, qui font irrésistiblement penser aux fours crématoires et aux chambres à gaz où l'air vient à manquer, inlassablement répétées dans les diverses brochures des "Grünen". Par exemple, ils écrivent : "L'air de Hambourg est plein de poussières en suspension susceptibles de pénétrer dans les poumons avec de l'oxyde produisant de l'acide, avec des précipités de poussières contenant des métaux lourds, avec des carboxydes d'hydrogène cancérigènes et souillés de fluor" et affirment que l'on n'a dû qu'à des conditions climatiques particulièrement favorables d'avoir évité un smog aux effets dévastateurs... Et le GAL de prendre un ton comminatoire, exigeant :
- Définition immédiate de Hambourg comme territoire menacé par la pollution de l'air.
- Pression immédiate sur H.E.W. exigeant l'équipement immédiat de toutes les centrales électriques d'appareils filtrants contre les gaz de fumée.
- Production et publication immédiate d'expertises scientifiques concernant l'état de l'air de Hambourg : toxicité des poussières, action combinée des substances toxiques diverses...
- Etablissement immédiat d'un cadastre d'émissions.
- Abaissement des limites pour l'alarme du "smog" et établissement obligatoire d'un catalogue de mesures ad hoc, etc.

(La Conférence de J. Chasseguet-Smirgel d'où elle a tiré son article fut prononcée à Hambourg ; c'est pourquoi les exemples qu'elle cite se rapportent à cette ville).

Encore une fois, ce n'est pas le programme qui inquiète, tout au contraire, mais c'est ce qu'il dissimule, ainsi qu'on va le voir.

Ainsi, dans "Die Grünen. Das Bundesprogramm", p. 6, sous le titre "Economie et Monde du Travail", on voit une photo saisissante de cheminées d'usines vomissant une épaisse fumée noire qui évoque irrésistiblement les crématoires. Et Janine Chasseguet-Smirgel continue :
"Dans la même brochure (p. 25), on peut lire que "En République fédérale, des masses gigantesques de gaz, de déchets et de poussières se trouvent projetées dans l'air, tel l'oxyde de carbone, le dioxyde de soufre et de l'hydroxyde de carbone ainsi que de la poussière et de la suie. Des milliers de personnes sont déjà tombées, victimes de catastrophes causées par le brouillard. La convergence d'action de substances nocives diverses (synergisme) et l'accumulation de poison à travers des chaînes alimentaires aboutissent à des dommages renforcés pour la santé des êtres vivants".

Chacune de ces évocations prise séparément peut sembler, malgré les outrances, tout à fait acceptable ; mais leur accumulation et la haine et la violence qui les accompagnent trop souvent changent leur signification. Et si on les rapproche de ce que disait Thomas Mann à ses compatriotes en 1982, toujours à travers la BBC.

"La nouvelle paraît incroyable, mais ma source est bonne. A ce que l'on m'a rapporté, de nombreuses familles juives de Hollande, à Amsterdam et dans d'autres villes, sont plongées dans une profonde tristesse; elles pleurent la perte de leurs fils victimes d'une mort affreuse.
Quatre cents jeunes Juifs hollandais ont été déportés en Allemagne afin que l'on expérimente sur eux des gaz toxiques. La virulence de cette arme de guerre, chevaleresque et essentiellement allemande, véritable arme de Siegfried, a fait ses preuves sur ces jeunes hommes de race inférieure. Ils sont morts... morts pour L'Ordre Nouveau et l'ingéniosité guerrière de la race des maîtres. Pour cela, ils étaient juste assez bons. C'était en effet, des Juifs.

Je l'ai dit, cette histoire paraît incroyable et, dans le monde entier, beaucoup se refuseront à y croire (...). L'inclination..., pour ne pas dire la tendance à considérer de telles histoires comme des atrocités inventées reste largement répandue, à l'avantage de l'ennemi. Or, elles ne sont pas seulement des histoires, elles sont de l'Histoire". (pp. 126/7).

Janine Chasseguet-Smirgel reprend, citant les "Grünen" : "Pour diminuer la charge de l'atmosphère par les gaz d'échappement, l'installation d'appareils filtrants construits dans les véhicules doit devenir obligatoire".

Puis, comme en réponse, elle cite un dialogue du film-document "Shoah" de Claude Lanzmann (1985) où il interroge un Allemand, Franz Schalling :
- "Décrivez-moi les camions à gaz ?
- Des poids lourds.
- Très grands ?
- Euh... voyons... d'ici à la fenêtre. De simples camions de déménagement, avec deux portes à l'arrière
- Et quel était le système ? Comment, avec quoi tuait-on ?
- Les gaz d'échappement.
- Les gaz d'échappement ?
...

"Mot d'ordre apparu à Francfort à propos des débats concernant l'entrée de l'autoroute ouest :
"Les Juifs ont été gazés dans les chambres à gaz, nous dans la rue" (cité par E. Brainin & I. Kaminer in "Psychanalyse et national-socialisme" (1984). Sans arrêt, les "Grünen" s'identifient aux victimes : ""Ils" ont été des victimes, c'est vrai, mais nous aussi !"

Janine Chasseguet-Smirgel commente : "Il y a certes un "noyau de vérité" dans la dénonciation de la pollution atmosphérique qui s'attaque à la forêt, aux êtres vivants, à l'architecture des villes. C'est précisément ce noyau de vérité qui sert à la crédibilité d'une mise en scène inconsciente où les fantômes du passé ressurgissent".

Ils ressurgissent là où on les attendrait le moins, c'est-à-dire là où les "Grünen" prennent l'exact contre-pied des agissements nazis; ceux-ci pratiquaient l'euthanasie des infirmes et des psychotiques, se livraient à d'infâmes expériences "médicales" sur les déportés ; ceux-là mènent la lutte en faveur des vieillards, des invalides, des malades mentaux, des Tziganes et des homosexuels. Toutes choses louables en elles-mêmes, mais on sait bien comment l'inconscient "retourne" le sentiment de culpabilité et se soulage en agissant en sens rigoureusement inverse : "j'ajouterai dans un souci d'être complet - dit Freud - que la pitié ne saurait être décrite comme un résultat de la transformation pulsionnelle au sein du sadisme, mais exige la notion de formation réactionnelle (Freud, "Les Pulsions et Leurs Destins". 1915).

Les "Grünen" sont également très intéressés par les famines du Tiers Monde ; il s'agit, là aussi, d'inverser les valeurs nazies, de se battre en faveur de ceux qui étaient les "races inférieures" ; mais, encore une fois : "Les brochures des Verts sont remplies de photos d'hommes décharnés par la famine, d'enfants aux yeux immenses et au corps squelettique qui ne peuvent qu'évoquer les déportés découverts à la libération des camps (p. 197).

Ce qui est peut-être le plus étonnant - et le plus révélateur - dit J. Chasseguet-Smirgel, c'est que (selon les actes du "Procès de Nuremberg n° II), il n'est jamais question des Juifs dans les écrits des Verts. Cet étrange silence s'explique si l'on comprend que ce sont eux, les Allemands, qui ont désormais remplacé les Juifs voués à l'extermination. C'est cela, dit-elle, le sens inconscient de la pièce terrible qui se joue sur le Théâtre Vert. Selon les actes du "Procès de Nuremberg II", Hiroshima est directement lié au bombardement des villes allemandes durant la guerre ; "la culpabilité persécutrice va donc planter le décor : nous voyons un camp de concentration -attaqué par les gaz étouffants sortant de voitures ou vomis en volutes épaisses par d'immenses cheminées d'usine - et promis incessamment à l'"holocauste" nucléaire."

Par l'effet d'une culpabilité inconsciente empruntée à leurs parents ou grands-parents, un certain nombre d'Allemands s'identifient aux victimes de ceux-ci. Le passé est trituré,
déformé, tronqué et déplacé à notre époque : c'est ici et maintenant, sur les innocentes
victimes allemandes, que la catastrophe va s'abattre.

Dans la conclusion de son remarquable article, Janine Chasseguet-Smirgel se demande si cette culpabilité, qui persécute ceux qui en sont porteurs, peut être élaborée. Autrement dit, peut-elle être transformée en culpabilité dépressive, ce qui est l'étape indispensable à franchir pour espérer sortir du cercle infernal de l'identification projective ? La contre-identification au père, adoptée par les "Grünen", semble en tout cas être la plus mauvaise des solutions et porte en elle tous les germes du retour du refoulé. Il est sûr qu'au plan personnel, la psychanalyse peut apporter une réponse; au plan collectif ... ?

"Dans une analyse, nous nous efforçons de faire assumer au patient toutes les identifications aux deux parents dans la scène primitive. Chez les enfants de bourreaux comme chez les enfants de victimes, la scène primitive est représentée comme un rapport entre les deux protagonistes, rapport terrifiant parce qu'il aboutit à la destruction de l'un des parents ou à leur destruction mutuelle. Pourtant, cliniquement, ce sont ces identifications qu'il s'agit d'élaborer et non de court-circuiter. Il ne convient pas de favoriser les formations réactionnelles aux caractères des parents. C'est à ce prix seulement que pourra se libérer l'énergie susceptible d'être sublimée et nécessaire aux authentiques activités de réparation". (pp. 199-200).

Enfin, en référence à l'article : "la mélancolie de l'Occident", je voudrais ajouter ceci : quels que soient la force et le nombre de nos projections, nous ne pouvons jamais nous débarrasser du sentiment inconscient de culpabilité, sauf en assumant cette culpabilité.

Les Allemands me semblent donner une bonne preuve de cela : de tous les peuples d'Occident, ils sont ceux qui se reproduisent le moins. C'est ainsi que les démographes nous apprennent que - sauf à changer de comportement - d'ici à quelques décennies le Peuple Allemand aura disparu. Quel châtiment plus féroce et plus tragique (quoique inconscient) ce Peuple pouvait-il s'administrer en tant que retour refoulé, pour avoir voulu rayer de la terre ceux qu'il prétendait lui être inférieurs ?

Quelques ouvrages de Janine Chasseguet-Smirgel

La sexualité féminine (en Coll.) 1964. Payot.
Pour une Psychanalyse de l'Art et de la Créativité, 1971, Paris, Payot.
The Ego Ideal. 1985, New York : Norton. Londres, Free Assoc. Books (Edit française, 1975, épuisée).
Creativity and Perversion. 1984, New York : Norton. Londres : Free Assoc. Books.
Ethique et Esthétique de la Perversion. 1984. Seyssel Champ Vallon.
Freud or Reich ? (avec B. Grunberger), 1986. Yale, University Press; Londres, Free Assoc.
Books. (édit. française 1975, épuisée.).
Sexuality and Mind. 1986, New York, University Press.


Résumé

Compte-rendu de l'ouvrage de Janine Chasseguet-Smirgel : "Le Théâtre Vert", dans lequel elle analyse les raisons de la violence, inhabituelle chez les écologistes, des "Grünen" allemands. Elle attribue leur attitude à un retour du refoulé de la violence nazie envers les Juifs durant la dictature hitlérienne. Preuves à l'appui, tracts, discours, manifestes, etc., des "Grünen", elle montre que ceux-ci ont inconsciemment pris la place des Juifs et soulagent leur culpabilité en se fantasmant non plus comme descendants des bourreaux, mais comme des victimes - asphyxiées par la pollution actuelle comme le furent, dans les Chambres à Gaz, les morts des Camps d'extermination.


Summary

This is a review of "The Green Theater", a book by Janine Chasseguet-Smirgel in which the author attempts to analyze the reasons behind the violence, unusual among ecologists, of the German "Grünen". She attributes this attitude to a resurfacing of the Nazi violence toward the Jews under Hitler, which had been repressed. She demonstrates, with evidence in hand (tracts, speeches, manifestos, etc.), how they have unconsciously identified with the Jews, and how they relieve their sense of guilt by fantasizing that they are not the descendants of the executioners, but their victims, asphyxiated no longer by the fumes of the gas chambers, but by those produced by industrial pollution.  

© Inconscientetsociete.com - Tous droits réservés
Aide en réalisation http://www.aideordi.info