Richard A. Koenigsberg
Psychanalyste, Docteur ès philosophie
La revue "Psychogist
Psychoanalyst" (USA) a récemment avancé l'idée que
la psychanalyse est une théorie qui permet d'étudier la
réalité sociale, et qu'une telle recherche pourrait
être un moyen d'influencer de façon positive la
société humaine. Joseph V. Montville conclut son article
"A proposal for Socio-Therapy" en posant la question suivante :
"L'Amérique a-t-elle un problème de santé
émotionnel ? S'il existe également un problème de
santé dans la politique, l'économie et la
société, est-il possible d'analyser, de dévoiler,
et, plus difficile encore, de traiter cela par la
démystification et sur ordonnance ? … Pouvons-nous avoir
une ambition encore plus grande pour la Sociothérapie et joindre
nos efforts pour atteindre un tel but ?"
Dans une perspective semblable, Howard B. Levine et Bennet Simon
étudient, dans leur article "Psychoanalysis and the Nuclear
Threat" (La psychanalyse et la menace nucléaire) le
côté irrationnel de la course aux armements ainsi que
celui de la "Realpolitik" et des relations internationales. Ils
demandent à quel prix et au risque de quel danger nous,
psychanalystes, oserions nous mêler à un tel monde, en
parler ou, pire, agir sur lui (1988). Dans mes propres écrits
(1975, 1977), j'ai exposé une méthodologie pour
l'étude
psychanalytique des idéologies politiques et culturelles. Dans "L'idéologie hitlérienne ; un
Essai de Sociologie Psychanalytique" (1975), j'ai exprimé une
conception de la psychanalyse qui mettrait au service de la
Société et de l'Histoire le potentiel
énergétique des idées de la psychanalyse.
Je suggérai qu'une telle approche fonctionnerait comme "une
sorte d'éclairage social, un moyen efficace d'atteindre un
insight psychologique applicable aux phénomènes sociaux
contemporains, et d'introduire le système de
référence psychanalytique dans les processus historiques".
Lorsqu'on voit l'évidente irrationalité de tant de
phénomènes politiques et culturels, on peut se demander
pourquoi la psychanalyse n'a pas utilisé ses méthodes et
ses outils conceptuels si puissants de façon plus
systématique et plus importante pour comprendre les
événements et les structures de la "réalité
extérieure". Comme l'affirment les auteurs d'une étude
psychanalytique sur le fanatisme : "Il est étonnant que la
méthodologie analytique, qui a rendu possible
l'interprétation du dialogue entre les hommes et en a compris le
sens profond, ait été si peu utilisée pour
l'étude des phénomènes humains de groupe et des
phénomènes sociaux en particulier" (Haynel et al., 1983).
Il n'y a pas lieu d'étudier ici l'histoire de la psychanalyse de
la Civilisation, ni d'analyser les raisons pour lesquelles cette
approche a été si longue à se faire jour en tant
que discipline. Ni d'expliciter une méthodologie qui permettrait
d'entreprendre systématiquement l'étude psychanalytique
de la société. Je passerai plutôt en revue
quelques-unes des préconceptions de la psychanalyse
contemporaine qui l'ont peut-être empêchée de
pénétrer et de commenter le monde de la
réalité extérieure. Ce que j'espère
démontrer, dans les remarques suivantes, c'est que le changement
de point de vue que je propose n'est en rien contradictoire avec la
méthodologie clinique mais est simplement une autre façon
d'utiliser les principes de la psychanalyse. L'emploi des concepts
psychanalytiques dans l'étude du monde
extérieur constitue, je crois, une extension des
possibilités de la psychanalyse ainsi qu'une prise de conscience
accrue pour les êtres humains.
Nous commencerons par distinguer entre psychanalyse en tant que
psychologie générale, ou corpus de connaissances, et
psychanalyse en tant que mode d'intervention thérapeutique. Nous
savons que Freud concevait la psychanalyse à la fois comme une
thérapeutique et comme une science, (et je pense qu'il attachait
plus d'importance à cette dernière). Actuellement, il est
vrai, l'accent est mis sur le travail clinique et la formation de ceux
qui doivent faire un tel travail. L'accent est mis sur le patient et
sur la meilleure façon de soulager sa souffrance.
Il est clair qu'analyser la culture ou la société n'est
pas la tâche principale de l'analyste clinicien. Cela ne veut pas
dire qu'il puisse ignorer le milieu social d'où est issu son
patient. Le psychanalyste doit travailler avec les structures
intrapsychiques de son patient telles qu'elles se présentent,
car il n'a aucun moyen d'influer sur le milieu culturel qui peut avoir
contribué à sa pathologie ; c'est sur une modification de
la structure psychique par des interventions à
l'intérieur de la situation psychanalytique qu'il mettra
l'accent. Cependant, lorsque nous sortons du travail clinique, nous
nous concentrons sur le travail scientifique de la psychanalyse, le
développement systématique du corpus des connaissances,
le travail de recherche et nous changeons donc nos investissements.
Nous évoluons vers l'observation, non seulement du patient en
analyse, mais aussi d'événements et
phénomènes se produisant en dehors de la situation
analytique.
Dans cette perspective, la situation patient-analyste devient un des
moyens par lesquels nous obtenons des informations et
développons une compréhension de la psyché
humaine. Le psychanalyste scientifique peut alors pousser plus loin le
développement d'autres méthodologies pour étudier
l'être humain, d'autres situations ou contextes dans lesquels le
psychisme peut se révéler.
Pour moi, si la psychanalyse veut développer au maximum son
potentiel, comme science et comme méthode, pour accroître
la connaissance que l'homme a de lui-même, elle doit commencer
par inclure dans son champ d'étude toute la gamme des
phénomènes créés par l'être humain.
Ce qui signifie que nous devons pousser plus loin l'étude des
créations humaines dans le monde extérieur.
La psychanalyse continue à évoluer de façon
créatrice comme théorie de la structure psychique et
comme psychologie du développement. Mais nous n'avons pas encore
de théorie qui nous montre le rapport existant entre structures
psychiques individuelles et processus culturels. Il est clair que le
développement individuel ne peut être séparé
de la matrice culturelle dans lequel il s'est formé. Chaque
individu se développe dans un contexte spécifique qui
influence très fortement son psychisme. Je pense donc qu'une des
tâches les plus importantes de la psychanalyse est la
création d'une théorie qui détermine les liens qui
existent entre le développement de la structure psychique d'un
individu et sa culture.
Nous devrions donc nous préoccuper autant de saisir la
façon dont le psychisme influence le monde extérieur que
de comprendre comment le développement individuel est
modifié par la société. Une telle approche
comprendrait des sujets tels que la guerre et la pathologie des
sociétés dont nous avons parlé plus haut.
Permettez-moi d'exposer succinctement le changement conceptuel que je
propose, un changement qui permettra à la psychanalyse
d'“entrer dans l'arène”.
Nous parlons du "monde extérieur". Mais il n'est pas difficile
de voir, d'un point de vue purement logique, que tout ce qui existe
dans l'environnement social humain a été
créé, à un moment donné, par l'homme ou par
un groupe d'hommes. Ce qui veut dire que la réalité
sociale est une création humaine et donc que toute la
réalité sociale a une origine psychique.
Les mécanismes qui constituent les bases de la psychanalyse ont
été observés et découverts dans un contexte
clinique, contexte qui privilégiait la psychopathologie
individuelle. La réalité extérieure, quant
à elle, avait une apparence "innocente" alors que les patients
avaient des symptômes névrotiques et présentaient
des mécanismes psychologiques primaires. Mais on avait
l'impression, quand on quittait le contexte clinique pour le "monde
extérieur" que ces mécanismes n'étaient plus
valables, ou du moins qu'ils n'étaient plus efficaces de la
même façon.
La réalité extérieure était conçue
comme un domaine plus "pur", dans lequel le comportement est davantage
guidé par des considérations objectives, "rationnelles",
qu'ils ne le sont par des processus inconscients et des
mécanismes névrotiques. Ce domaine de la
réalité sociale, qui comprend des sujets tels que les
affaires, la politique, l'économie, etc., devait être
étudié par les anthropologues, les sociologues ou les
historiens, puisqu'ils pouvaient être étudiés au
moyen de "considérations objectives".
Les articles cités ci-dessus, cependant, nous conduisent
à nous demander pourquoi nous devrions accepter l'idée
que le comportement humain, dans la
réalité extérieure, ne serait pas régi par
les mêmes déterminismes psychiques que ceux,
découverts par Freud, du comportement individuel ? Il s'agit
simplement pour nous d'élargir encore davantage le champ de la
psychanalyse par l'exploration des déterminants inconscients de
la réalité sociale, ainsi qu'il l'a indiqué
lui-même (Freud 1907, 12, 21, 27, 30).
Je pense que les psychanalystes ne doivent plus accepter les seules
explications "économiques", "politiques" ou historiques de notre
comportement, parce que ces processus ont leur origine dans le
psychisme de l'être humain. Car rien d'extérieur n'est
indépendant de "l'acteur humain". Il n'y a pas de
"troisième dimension" de la réalité qui soit
régie, comme par magie, par des forces indépendantes du
psychisme. Tout ce qui est humain a son origine dans le self.
Nous pouvons aller un peu plus loin bien des événements
qui constituent "l'histoire de la civilisation" et qui se sont
déroulés sur la scène
de la "réalité extérieure", ne participent
nullement de la raison ou de l'objectivité qui sont
généralement associées à son domaine; tout
au contraire, l'étrange et désolante histoire du
vingtième siècle : guerres, génocide,
totalitarisme, prolifération du nucléaire, etc., nous
suggère que les hommes sont bien souvent plus irrationnels
encore dans leurs comportements sociaux collectifs qu'ils ne le sont
dans un contexte privé. On a vraiment l'impression que le besoin
de maintenir une croyance dans la rationalité (ou le
fonctionnel, comme disent les anthropologues) de notre comportement
social est simplement une autre forme d'irrationalité. Ce besoin
prend maintenant la forme d'un déni, d'un refus de percevoir ce
qui semble pourtant évident, à savoir que plusieurs
institutions sociales et schémas de comportements collectifs
sont dépourvus de sens, pour ne rien dire de leur
hétéro et auto- destructivité.
On voit donc que pour s'occuper du monde extérieur la
psychanalyse n'a qu'à étendre les principes de la
causalité psychique, qu'à appliquer les
principes de la causalité et de la temporalité de
l'inconscient à un autre domaine de l'expérience humaine.
L'homme-dans-sa-culture, dans bien des cas, ne sait pas ce qu'il fait
ni pourquoi il le fait. (Encore qu'il crée des idéologies
et des croyances pour expliquer et justifier son comportement -
idéologies et croyances qui fonctionnent comme des
rationalisations collectives). De même que les êtres
humains font des actes manqués et des lapsus linguae, pour
exprimer leurs tendances inconscientes, nous pensons que des forces
inconscientes s'expriment sous forme d'idées et de comportements
de la réalité culturelle et historique. La psychanalyse
doit alors interpréter ces symptômes et complexes
collectifs pour en révéler le sens inconscient.
A la première phase de la révolution freudienne, on dut
reconnaître que l'individu est motivé par des pulsions
qu'il ignore. L'idée d'une causalité inconsciente
constituait une attaque contre l'illusion occidentale de l'omnipotence
de la pensée consciente ("Je pense donc je suis") aussi bien
qu'une attaque contre le rêve de la perfectibilité humaine
et de sa capacité de progrès par la raison. La prochaine
phase de la révolution freudienne verra peut-être
reconnaître que des sociétés entières sont
mues par des forces dont les êtres humains ne sont pas
conscients. Disons clairement que lorsqu'il s'agit de formes "normales"
de comportement social, l'illusion de rationalité et la
prédominance de motivations conscientes continue à
dominer la pensée des sociologues.
Autrement dit, les pulsions et les mécanismes de défense,
la lutte pour le développement et la résistance au
changement peuvent être constatés non seulement dans la
situation analytique, mais partout et à tous moments. Les
fantasmes mis en actes par les patients peuvent aussi l'être par
les personnes qui ne sont pas des patients. Pour que la psychanalyse
fasse son entrée dans le monde extérieur, elle doit
interpréter les fantasmes qui sont mis en actes par
l'humanité. Ce travail d'interprétation culturelle et
historique a été décrit comme le projet de "rendre
l'inconscient conscient sur la scène de la réalité
sociale" (Brown 1959).
Les convenances sociales, de ce point de vue, sont des "contenants"
pour le développement et l'expression des structures psychiques;
elles constituent des modèles communs qui permettent à
l'individu de projeter et mettre en acte ses fantasmes sur la
scène de la réalité sociale. (Par exemple, bien
des mécanismes psychiques qui sous-tendent l'engagement
politique sont des analogons des mécanismes de transfert. Cf.
Freud 1921 : "Mas- senpsychology und Ich-Analyse"). Pour aller un peu
plus loin, on peut dire que la politique est une forme
particulière de névrose de transfert qui se produit en
dehors de la situation analytique. En participant à diverses
institutions, l'individu acquiert un modus operandi par lequel ses
fantasmes inconscients peuvent être exprimés et mis en
actes sur la scène sociale. Cette extension des principes de la
psychanalyse constitue une autre méthodologie qui nous permet de
percevoir le matériel inconscient et d'étudier le
psychisme. Nous étudions le fantasme inconscient en regardant
vers l'extérieur, en observant la façon dont les
fantasmes sont projetés dans, et contenus par, le cadre social.
L'humanité, dans cette perspective, se révèle par
la nature des fantasmes qu'elle projette sur la réalité
sociale. Nous étudions l'homme en étudiant le monde qu'il
a créé, guidés par l'hypothèse que de
nombreux éléments de la réalité
extérieure fonctionnent comme des contenants pour nos fantasmes
et nos projections. Lorsque Levine et Simon citent la description de la
course aux armements de G. Kennan : l'accumulation d'armes sur armes,
de missiles sur missiles comme le comportement d'hommes perdus dans un
rêve, qui défie toute compréhension rationnelle
(1988), on peut peut-être mieux comprendre que la course aux
armements, ostensiblement présentée comme motivée
par des raisons objectives et par la réalité (i.e. la
Realpolitik), est en fait la conséquence et la projection de
certains types de fantasmes sur le monde (fantasmes qui,
transformés par les rationalisations, deviennent des
idéologies ou des systèmes de croyances) et de mise en
acte de certains de ces fantasmes. Il semble donc juste de voir ce
comportement comme celui d'hommes-dans-un-rêve. Mais il s'agit
là d'un rêve collectif, un fantasme partagé. Entrer
dans l'arène, pour la psychanalyse, revient donc à
interpréter le rêve collectif.
De même, lorsque Montville suggère que des agissements
comme celui des drogués, les grossesses des adolescentes, la
séduction des enfants, la délinquance, etc., peuvent
être un signe de pathologie sociale, il nous conduit à
poser des questions telles que : est-il possible que la
psychopathologie humaine dépende de certaines formes culturelles
? Est-il possible que telle structure sociale encourage le
développement de certaines formes de pathologie ? En posant de
telles questions, nous revenons à des questions posées
par Freud et bien d'autres, mais qui n'ont jamais été
affrontées carré- ment devons-nous admettre que quelque
chose d'inhérent à la civilisation elle-même soit
source de psychopathologie ? Des sociétés entières
peuvent- elles être malades ? Et devons nous penser que la
névrose individuelle n'est qu'une manifestation
particulière de la névrose humaine ?
Je pense que les rapports entre monde interne et externe sont encore
plus complexes et ambigus qu'on ne l'a cru jusqu'à
présent. Nous
n'abandonnons pas les notions de "dedans" et de "dehors" pour un
individu donné; nous disons seulement que la
réalité extérieure ne constitue pas un domaine
indépendant du psychisme humain, et qu'il y a un rapport
légal entre les structures intrapsychiques et celles de la
réalité extérieure. (Le concept winnicotien de
phénomènes transitionnels est crucial pour comprendre
comment le monde interne est lié au monde extérieur :
l'objet transitionnel est cet objet du monde extérieur qui
contient ou inclut les contenus intrapsychiques ou les fantasmes. Les
objets culturels, de ce point de vue, sont compris comme des objets
transitionnels partagés).
Nous pouvons ainsi espérer que la psychanalyse pourra entrer
dans l'arène du monde externe et utiliser ses méthodes et
concepts pour explorer ce monde. Nous entrons dans ce monde
armés des principes de la causalité psychique,
c'est-à-dire de l'idée que, pour dépourvus de sens
et irrationnels qu'apparaissent l'idéation et les comportements
humains, ils ont un sens et sont motivés par l'inconscient. Nous
cherchons donc à déterminer le sens inconscient de
l'idéologie et des formes collectives de comportement social.
Nous pensons que les mécanismes psychiques découverts
chez les patients sont applicables à tous les hommes et que ces
mécanismes ne cessent pas de l'être lorsqu'un homme est un
"leader" ou lorsque les êtres humains agissent collectivement.
Nous ne reculons pas devant les implications de cette hypothèse,
nous commençons au contraire à démystifier
l'idée d'une réalité extérieure qui serait
un domaine séparé, un "monde à part" dont le
fonctionnement serait indépendant des lois de la psyché.
Ce travail de démystification est crucial. Les êtres
humains semblent avoir un besoin profondément enraciné de
croire dans l'excellence et le pouvoir de leurs propres
sociétés. Il y a une part d'omnipotence infantile qui est
projetée dans les idées de culture,
société, civilisation, etc. Pour analyser une culture, il
faut donc la désidéaliser, abandonner l'idée
qu'elle contient un principe d'excellence ou de puissance
indépendantes des individus qui la composent. Il est douloureux
de penser que ces cultures et civilisations élaborées
à grand peine par les êtres humains ne sont pas
entièrement bonnes, qu'elles contiennent des tendances
destructrices et peuvent être source de pathologies. Comme Freud
l'a noté, l'attachement à la civilisation peut avoir,
parmi ses conséquences, une diminution du pouvoir du self. Pour
Brown, les cultures humaines peuvent avoir été
développées comme réponse à un manque dans
le fonctionnement psychique, et servir à perpétuer ce
déficit. L'avantage de la désidéalisation des
sociétés humaines (et de récentes tendances dans
la culture ont permis une telle évolution) est que notre
désillusion, notre perception des failles de la culture nous
permettent de nous détacher et de la voir plus objectivement. A
mesure que le fantasme de l'omnipotence de la société
commence à diminuer, et notre croyance en l'idée qu'elle
est sans danger commence à s'effriter, elle peut être
"confiée" à la psychanalyse.
Pour envisager les idées que j'ai proposées,
c'est-à-dire élargir le champ de la vision analytique, il
faut aussi élargir son champ d'intervention. Nous continuons
à étudier les structures et la psychopathologie des
individus, mais nous ajoutons l'étude de la psychopathologie
partagée, des rêves collectifs et l'étude des
fantasmes inconscients tels qu'ils sont exprimés dans la culture
et agis dans le champ social. Nous commençons à
être d'accord avec ce qu'exprimait Norman O. Brown lorsqu'il
disait, il y a près de 30 ans, que "la psychanalyse ne se
réalisera vraiment que lorsqu'elle deviendra une psychanalyse
historique et culturelle" (1959).
Richard A. Koenigsberg, Ph. D.
"The Library of Art and Social Science"
16 WEST 95th. St., Suite 2A. New York N.Y. 10025 U.S.A.
Résumé
Lorsqu'on voit l'évidente irrationalité de tant de
phénomènes politiques et culturels, on peut se demander
pourquoi la psychanalyse n'a pas utilisé ses méthodes et
ses puissants outils conceptuels de façon plus
systématique et plus importante pour comprendre les
événements et les structures de la "réalité
extérieure".
Si la psychanalyse veut développer au maximum son potentiel,
comme science et comme méthode, pour accroître la
connaissance que l'homme a de
lui-même, elle doit commencer par inclure dans son champ
d'étude toute la gamme des phénomènes
créés par l'être humain. Ce qui signifie que nous
devons pousser plus loin l'étude des créations humaines
dans le monde extérieur.
L'homme-dans-sa-culture, dans bien des cas, ne sait pas ce qu'il fait
ni pourquoi il le fait. (Encore qu'il crée des idéologies
et des croyances pour expliquer et justifier son comportement -
idéologies et croyances qui fonctionnent comme des
rationalisations collectives). De même que les êtres
humains font des actes
manqués et des lapsus linguae, pour exprimer leurs tendances
inconsciente, nous pensons que des forces inconscientes s'expriment
sous forme d'idées et de comportements de la
réalité culturelle et historique. La psychanalyse doit
alors interpréter ces symptômes et complexes collectifs
pour en révéler le sens inconscient.
Nous pouvons ainsi espérer que la psychanalyse pourra entrer
dans l'arène du monde externe et utiliser ses méthodes et
concepts pour explorer ce monde. Nous entrons dans ce monde
armés des principes de la causalité psychique,
c'est-à-dire de l'idée que, pour dépourvus de sens
et irrationnels qu'apparaissent l'idéation et les comportements
humains, ils ont un sens et sont motivés par l'inconscient. Nous
cherchons donc à déterminer le sens inconscient de
l'idéologie et des formes collectives de comportement social.
Nous pensons que les mécanismes psychiques découverts
chez les patients sont applicables à tous les hommes et que ces
mécanismes ne cessent pas de l'être lorsqu'un homme est un
"leader" ou lorsque les êtres humains agissent collectivement.
Nous ne reculons pas devant les implications de cette hypothèse,
nous commençons au contraire à démystifier
l'idée d'une réalité extérieure qui serait
un domaine séparé, un "monde à part" dont le
fonctionnement serait indépendant des lois de la psyché.
Summary
In view of the apparent irrationality of so many political and cultural
phenomena, one may pose the question of why psychoanalysis has not
applied its method and powerful conceptual tools in a more
comprehensive and systematic way, to the events and structures in
"external reality".
If psychoanalysis is to maximize its potential as a science and as a
method for expanding man's consciousness of himself it must begin to
embrace within its
purview the entire range of phenomena which are created by human
beings. This means that we may move toward the study of man's creations
in the external world.
Man-in-culture in many instances, we may hypothesize, knows not what he
is doing or why he is doing it (though he creates ideologies and
beliefs to explain and to justify his behavior ideologies and beliefs
which function as collective rationalizations). Just as human beings
produce symptomatic acts and slips-of-the-tongue as a way of expressing
unconscious tendencies, so, we may suggest, are unconscious forces
expressed in the form of ideas and behavior upon the stage of cultural
and historical reality. The task of psychoanalysis, from this point of
view, is to interpret these collective symptoms and complexes, to
reveal their unconscious meaning.
So, we may hope, psychoanalysis will enter the arena of the external
world and will use its methods and concepts to explore this world. We
enter this world armed with the principle of psychic determinism, armed
with the hypothesis that human ideation and behavior, however senseless
or irrational it may appear to be, is meaningful and unconsciously
motivated. We thus seek to ascertain the unconscious meaning of
ideology and of collective forms of social behavior.
We assume that the psychic mechanisms which psychoanalysis has
discovered in patients are operative in all individuals, and that these
mechanisms do not cease to be operative when a man is a "leader", or
when human beings are acting in a collective manner upon the stage of
social reality. We do not blink at the implications of this assumption.
We begin to demystify the idea of external reality, we begin to chip
away at the fantasy that it constitutes a "separate realm", a "world
apart" which functions according to laws which are independent of the
laws of the psyche.
Références
Brown, N.0. (1959). Life Against Death The Psychoanalytic Meaning of History.
Middletown, CT Wesleyan University Press.
Haynal, A., Molnar, B., and de Puymege, G. (1983) Fanaticism A Historical and
Psychoanalytic Stu . New York : Schocken Books.
Koenigsberg, R.A., (1975). Hitler's ideology A Study in Psychoanalytic Sociology. New
York: The Library of Social Science.
Koenigsberg, R.A. (1977). The Psychoanalysis of Racism Revolution and Nationalism New
York The Library of Social Science.
Levine, H.B., and Simon, B. (1988). Psychoanalysis and Social Issues :
Psychoanalysis and the Nuclear Threat. Psychologist Psychoanalyst 8(3),
Summer, 5-7.
Montville, J.V. (1988). Psychoanalysis and Social Issues : A Proposal for Socio-Therapy.
Psychologist Psychoanalyst 8(5), Spring, 10-li.
Nunberg, H. (1955). Transference and Reality. In The Practice and
Theory of Psychoanalysis Volume II. New York: International
Universities Press.
Freud, S. (1907) Zwangshandlungen und Religion-sübungen. (1912)
Totem und Tabou. (1921)
Massenpsychologie und Ich-analyse. (1927)
Die Zukunf einer Illusion. (1930)
Das Ubehagen in der Kultur.